Dimanche 30 décembre.—… Au moment, où Léon Daudet arbore pour sortir une toque en velours noir, la nouvelle coiffure chic de l'étudiant, son père nous conte, qu'à l'âge d'à peu près quatorze ans, une société de garçonnets comme lui, avait loué à Lyon, une chambre au quatrième, une chambre donnant sur la Saône et son brouillard, une chambre louée à un pauvre ménage d'ouvriers dans la débine, et chez lequel il y avait une femme qui pleurait toujours, et dans une cage en osier, une colombe gémissante, à l'instar de la femme.
Cette chambre louée, était la chambre des orgies, des orgies de petits verres;—et tout son mobilier consistait en quelques chaises et une toque. Et quand arrivé là dedans, le premier, et le feu allumé, il mettait la toque, et fumait une énorme bouffarde, il sentait monter en lui un orgueil d'homme fait, un orgueil incommensurable.
Et comme il me revient, dans la parole, quelque chose de mes pensées du matin, sur la jeunesse actuelle, Daudet me dit que c'est la génération des instinctifs, des êtres de la race canine, qui lorsqu'ils ont trouvé un os, vont le manger dans un coin, et n'ont pas la solidarité des générations précédentes, et sont le plus beau triomphe de la personnalité et de l'égoïsme.
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Lundi 31 décembre.—Marpon, que je rencontre sur le seuil de sa boutique du boulevard Italien, m'apprend que la matinée de GERMINIE LACERTEUX, annoncée et affichée, a été suspendue par le ministère, sous la pression de M. Carnot, et que la plus grande partie des gens qui avaient pris des billets pour ma pièce, ont redemandé leur argent, quand en son lieu et place, on leur a offert: le LION AMOUREUX.
Cette suppression des matinées d'une pièce, acceptée par la censure, n'est-ce pas de la part du Président de la République, du bon plaisir tout à fait monarchique? Oh! la bonne blague que les gouvernements libéraux!
FIN DU SEPTIÈME VOLUME
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