Dimanche 28 novembre.—Aujourd'hui, je lis dans les journaux, que RENÉE MAUPERIN va être remplacée par des pièces classiques, où jouera Dupuis.
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Lundi 29 novembre.—Propos de petit monde: «Madame me permettra-t-elle ma petite réflexion? Que Madame me laisse mon libre arbitre pour faire le feu!»
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Mardi 7 décembre.—Mon goût, depuis quelque temps, subit une transformation. Il n'aime plus autant le joli, le fini des objets japonais, il est séduit par la barbarie de quelques-uns de ses produits d'art industriel, notamment par le fruste, la brutalité, la coloration crûment puissante.
Au dîner de Brébant de ce soir, quelqu'un dit au sujet de la future nomination de Floquet au ministère: «Avec Floquet, la France est complètement isolée, donc pas de guerre, et la haute banque est absolument pour lui.»
Charles Edmond parlant de tous les documents, que Louis Blanc a eus entre les mains, pour son HISTOIRE DE DIX ANS raconte, comment lui sont venus ceux concernant la duchesse de Berry, pendant sa captivité à Blaye.
Louis Blanc avait entendu dire, qu'un nommé X***, qui fut un moment le médecin de la duchesse de Berry, avait tenu un journal… Ce médecin demeurait en province. Il lui écrit, et lui demande la permission de lui faire une visite. Il est invité, et très bien reçu, et passe quelques jours chez lui, sans que son hôte fasse la moindre allusion au sujet de sa visite. Le médecin était marié, et avec le ménage, vivait un monsieur, qui avait l'air de mener toute la maison.
Enfin un soir, Louis Blanc devant partir le lendemain de très grand matin, fait ses adieux au médecin, et le remercie chaudement de son amicale hospitalité. Le médecin le regarde dans les yeux, et lui dit à brûle-pourpoint: «Qu'est-ce que vous avez remarqué ici?» Phrases banales de Louis Blanc sur le charme de la maison. L'autre l'interrompt, s'écriant: «Allons, vous avez bien vu ce que cet homme est ici!» Et il sort de sa bouche un flot de paroles colères, qu'il termine ainsi: «Oui, cet homme me tue… me rend tout impossible… je ne vous parlais pas de ce journal, parce que je voulais en faire un livre… mais je sens que, lui là, je ne pourrai jamais le faire… Vous me paraissez un galant homme. Mon manuscrit, je vous le donne… Faites-en ce que vous voudrez.»
C'est ainsi que l'exaspération du cocuage, chez un mari bonasse, mit, aux mains de Louis Blanc, ce précieux document.