Samedi 1er janvier.—Dîner chez les de Béhaine, en tête à tête avec le mari, la femme, et leur fils venu de Soissons, où il est en garnison.
Nous causons avec Francis de l'armée, et il me dit qu'il n'y a plus de démissions à cause de la politique: la légitimité ayant été tuée par la mort du comte de Chambord, l'impérialisme par la mort du prince impérial, l'orléanisme par la veulerie des princes d'Orléans. Mais, si elle n'est pas légitimiste, impérialiste, orléaniste, l'armée se fait tous les jours conservatrice dans le recrutement d'une jeunesse écartée du fonctionnarisme et de la magistrature, par les tristes choix faits par la République, et dont elle dote la province. Et Francis croit, que d'ici à très peu de temps, l'armée doit devenir le corps influent de l'État, et avoir la haute main dans le gouvernement.
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Dimanche 2 janvier.—Lecture par Porel chez Daudet du «Nord et Midi» (NUMA ROUMESTAN): lecture qui dure jusqu'à une heure du matin.
Tous les éléments d'un grand succès. Une pièce amusante, des caractères délicatement étudiés, du fin comique, un habile transport des détails et des aspects de la vie intime sur les planches, et une œuvre ne présentant pas de danger. Une seule chose nous choque un peu, Mme Daudet, Porel et moi, c'est au quatrième acte, quand la mère fait la confession à sa fille: qu'elle,—aussi bien que toutes les autres femmes:—a été trompée par son austère mari, et qu'un moment, avant l'explication complète, la fille a la pensée que sa mère a été coupable… Une complication de scène, qui jette de l'antipathique sur la fille.
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Lundi 3 janvier.—Le 1er janvier, il a paru, dans le Gil Blas, un article de Santillane au sujet de la représentation demandée par moi à Porel, pour compléter la souscription pour le monument de Flaubert: article me reprochant la mendicité de la chose, et me faisant un crime de ne pas compléter à moi seul, les 3 000 francs qui manquent. Aujourd'hui quelle a été ma surprise, un mois s'étant à peine écoulé, depuis l'aimable lettre que Maupassant m'avait adressée après la première de RENÉE MAUPERIN, de lire dans le Gil Blas, une lettre de Maupassant, où il appuie, de l'autorité de son nom, l'article de Santillane. Je lui envoie sur le coup ma démission, dans cette lettre:
3 janvier 1887.
Mon cher Maupassant,
Votre lettre, imprimée dans le Gil Blas de ce matin, apportant l'autorité de votre nom au dernier article de Santillane, ne me laisse qu'une chose à faire, c'est de vous envoyer ma démission de président et de membre de la Société du monument de Flaubert.