Banville avec son ironie à lui, ironie toute charmante dans sa forme bonhomme, raconte comme quoi Sarcey à une pièce quelconque de l'Odéon, jouée ces années dernières, l'a emmené boire un bock dans un café, et lui a dit tout à coup: «Vous savez, Hugo est un grand lyrique… Oui, ces temps-ci j'ai été emmené à la campagne par un ami… Il y avait dans une armoire de la chambre, où je couchais, un livre tout taché, tout dégoûtant… LES FEUILLES D'AUTOMNE, connaissez-vous ça?… Et bien, il y a là dedans, un mendiant en train de se chauffer auprès du feu, passant à travers son manteau, qui fait comme les étoiles dans le ciel, la nuit… Oh mais là, vous savez, c'est un grand, lyrique!—Et le voilà faisant une scène à Banville, ne le trouvant pas à l'unisson de son admiration.

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Dimanche 9 janvier.—Il n'y a plus qu'une chose qui me sorte de mon écœurement de la vie, et qui m'y fait reprendre un peu d'intérêt: c'est la première épreuve d'un livre nouveau.

Margueritte allant voir, ces jours-ci, un ami de son père, au Sénat, a été mis en rapport avec Anatole France, qui lui a dit: «Oui, oui, c'est entendu, Flaubert est parfait, et je n'ai pas manqué de le proclamer… Mais au fond, sachez-le bien, il lui a manqué de faire des articles sur commande… Ça lui aurait donné une souplesse qui lui manque.»

Et peut-être le critique du Temps a-t-il raison.

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Mercredi 12 janvier.—Duval, ce voleur faisant du vol, une opinion politique, ce voleur plaidant carrément devant un tribunal, que le vol est une restitution légitime du superflu de ceux qui ont trop, au profit de ceux qui n'ont pas assez, et soutenu par un public d'amis et de disciples, qui, à un moment donné, a manqué culbuter le tribunal. Ce n'est au fond que l'exagération des doctrines politiques de ceux qui nous gouvernent.

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Mardi 18 janvier.—Ce matin, Bourde du Temps, vient causer avec moi, pour faire un article sur ma pièce future de GERMINIE LACERTEUX, sur sa construction par tableaux shakespeariens, sur mes idées relatives à l'acte,—l'acte qui claquemure, pour moi, le théâtre dans les vieilles formes, et l'empêche de se rapprocher du livre.

Ce soir, au dîner de quinzaine, Spuller, de retour d'Amérique, parle des écoles mixtes, et dit que dans les basses classes, ce mélange est bon, qu'il corrige la sauvagerie des petits garçons, et que les petites filles se développant plus vite, ça apporte chez les masculins une émulation profitable. Mais rien n'est plus mauvais pour les mœurs. Les petites filles pervertissent les petits garçons, les portent à l'onanisme, qu'ils pratiquent devenus plus grands, et beaucoup se trouvent impuissants à l'époque de leur mariage.