Geffroy m'amène Raffaëlli, qui a demandé à voir mes dessins, et l'on cause critique d'art, quand soudain Raffaëlli s'écrie: «Par exemple, en fait de jugement d'une peinture, ce que vous avez dit à Geffroy à propos de mon exposition de la rue de Sèze, de l'année dernière, ça m'a renversé, bouleversé, fait croire que vous étiez un vrai voyant en tableaux.» Voici l'histoire: L'année dernière à un dîner chez les Daudet, qui fut un peu une chamaillade avec Zola, depuis le commencement jusqu'à la fin, la bataille avait commencé à propos d'une discussion sur Raffaëlli, que je louais, et j'ajoutais devant Geffroy qui se trouvait là: «Il y a chez Raffaëlli, dans ces dernières années, une blondeur, un attendrissement tout particulier, il a dû se passer quelque chose dans sa vie. Geffroy rapportait quelques jours après ma phrase à Raffaëlli, qui les bras cassés, lui disait: «C'est bien extraordinaire… c'est bien extraordinaire!» Et il lui racontait un brisement de sa vie.
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Dimanche 6 février.—Daudet frappé de la dureté, du coupant, que Mounet apportait au rôle de Roumestan, et ne trouvant chez lui rien du mutable et de l'ondoyant, que Montaigne attribue à l'homme du Midi, et ne rencontrant quoi que ce soit de l'homme sensuel, flou, attendrissable, qu'il a montré dans son héros, copié, des pieds à la cervelle, sur le catholique du Midi, lors des dernières répétitions, jeta soudain à son acteur: «Mounet, est-ce que vous êtes calviniste?» Ce qui est et ce qui fait qu'il n'est pas l'homme du rôle, ce compatriote de Guizot!
Mais, il n'y a qu'un très délicat observateur, capable de faire une pareille devinaille.
Rosny me parlant de son livre sur les socialistes, à moitié composé, me disait que chez ces hommes, l'amour ne joue pas de rôle, et que rien, pour ainsi dire, ne les prend et les passionne, que la bataille des paroles et l'escrime des arguments.
Daudet m'emmène chez lui, pour assister à la répétition de PIERROT ASSASSIN DE SA FEMME, joué par l'auteur, par Paul Margueritte. Vraiment curieuse, la mobilité du masque de l'acteur, et la succession des figures d'expression douloureuses, qu'il fait passer sur sa pétrissable chair, et les admirables et pantelants dessins qu'il donne d'une bouche terrorisée.
Et sur cette pierrotade macabre, le jeune musicien Vidal, a fait une musiquette tout à fait appropriée au nervosisme de la chose.
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Vendredi 11 février.—On faisait la remarque, ces jours-ci, que les femmes complètement antireligieuses placent leur besoin de croire—et un besoin de croire qui ne souffre pas la contradiction—sur de l'autre surnaturel, comme les tables tournantes, les médiums, etc.
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