Samedi 28 mai.—Je me suis trouvé quelque part, où il y avait la duchesse de ***, la duchesse de ***, la princesse de ***. Saperlotte! je n'ai jamais rencontré réuni tant d'aristocratie dans un salon. Ces femmes, ou brunettes ou blondinettes, et généralement gentillettes, ont une distinction, mais pas une distinction de grande dame, une distinction bourgeoise de demoiselles de magasin, suprêmement chic. C'est mignon, c'est genreux, et ça papote dans les coins, en grignotant des petits fours, avec d'élégants froufrous, et un caquetage d'oiseau.

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Lundi 30 mai.—Je demandais hier à Rosny, pourquoi il avait quitté la France, et était allé habiter l'Angleterre, il me répondait que, vers ses dix-huit ou vingt ans, il avait été tout à fait pris par les romans de Gabriel Ferry, et qu'il avait voulu se faire coureur de bois en Amérique. Puis quand il avait été en Angleterre, dit-il en souriant, l'Amérique lui avait paru beaucoup plus loin que la France.

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Jeudi 2 juin.—Lu dans le Figaro, un extrait des CHOSES VUES de Hugo, extrait dans lequel, il me semble, avec une certaine fierté, reconnaître une très grande parenté, dans la vision des choses, avec celle de mon JOURNAL.

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Mardi 7 juin.—Ce soir, au dîner de Brébant, Spuller, le nouveau ministre de l'Instruction publique, dîne en face de Berthelot, l'ex-ministre, dont l'ironie aujourd'hui me semble un peu plus acide que les autres jours. Spuller, je dois le dire, a une très bonne et très simple tenue. Il affirme n'avoir voulu être ministre que pour renverser Boulanger. Il ne se fait du reste aucune illusion sur la solidité du ministère, disant que pas plus tard que mardi prochain, il se pourrait que le ministère eût les quatre fers en l'air.

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Samedi 11 juin.—Déjeuner chez Burty. Déjeuner servi par une bonne, qui n'a pas l'air timide, fichtre! Quant au maître de la maison, au milieu de ses bibelots, largement nourri et abreuvé de tout ce qu'il y a de mieux, gavé jusqu'au goulot de toutes les jouissances de la gueule, il est heureux comme un coq en pâte japonais.

Grelet, qui déjeunait avec nous, a parlé du corps des femmes japonaises, de l'exquise délicatesse de leur buste et de leur gorge, mais signalait chez toutes l'absence des hanches et du reste, et l'inclinaison en dedans de leurs jambes et de leurs pieds, par l'habitude qu'elles ont de se traîner à terre.