Dimanche 25 août.—Holmès vient dîner, aujourd'hui, à Champrosay.

Et presque aussitôt le dîner, elle se met à chanter. Et dans les morceaux qu'elle chante, il y a une légende intitulée: Saint-Amour, vraiment originale: une légende—c'est curieux—qui lui a été fournie par une marchande de vins du Midi, rencontrée par hasard, chez un éditeur de musique. Voici le libretto: l'Amour se trouve tout à fait dans la dèche; des châtelaines du Midi, qui lui doivent beaucoup, s'adressent au Saint-Père, pour qu'il soit canonisé, et elles obtiennent sa canonisation, et une chapelle pour lui, dans l'église de Saint-Amour, où une ancienne statue d'un petit amour, enguirlandé de chapelets, serait la figuration du nouveau petit saint.

Parolière et musicienne—ce qui est une faculté toute particulière—Holmès disserte sur la qualité des vers, qu'il faut mettre dans ce qu'elle fait: des vers, dit-elle, «légèrement à l'état de squelette, et dont la chair est faite de sa musique».

Un moment, elle nous entretient de Wagner, qu'elle a vu, toute jeunette, et qui dans la visite qu'elle lui a faite, joua du piano d'une manière assez peu satisfaisante, pour faire jouer ses créations par Richter, et qui chantait faux, si faux, qu'en dépit de son admiration enthousiaste, elle fut surprise.

Ce que sa conversation signale surtout de curieux: c'est l'engouement de la France, dans le moment, pour les œuvres étrangères. À l'heure présente, on joue à l'Opéra, du Wagner, quatre fois par semaine, et il y a soixante-cinq opéras français qui attendent, et qui ne seront peut-être jamais joués.

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Lundi 26 août.—Riesener, le peintre du temps de Louis-Philippe, le petit-fils du célèbre ébéniste, était un gourmet, avec des aptitudes de cuisinier très remarquables, et l'on conte, que le lendemain de son mariage, sa joie d'avoir réussi à déjeuner la cuisson de poissons quelconques, s'était témoignée par une danse, qui avait fait tomber du plafond le lustre de l'appartement, au-dessous du sien.

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Vendredi 30 août.—Déjeuner chez les Brisson, l'aimable et charmante fille de Sarcey, ayant témoigné le désir de m'avoir avec les Daudet: déjeuner, toutefois, où je me rends avec une certaine crainte de rencontrer Sarcey, après les choses désagréables, que nous nous sommes dites réciproquement.

Une habitation où s'est ruiné un sculpteur, et où il y a énormément de bâtiments, quelques-uns joliment rustiques, sous leur couverte de vigne vierge; un grand jardin un peu à l'abandon; et une jolie serre, où se voient, en fait de fleurs, de vieilles poupées des petites filles.