Jeudi 17 octobre.—Mariage de Régnier avec Mlle Hérédia.

Une église pleine de monde, comme pour le mariage d'un personnage officiel. À ce sujet le jeune Houssaye dit intelligemment que «dans l'effondrement des hommes politiques,» c'est nous, les littérateurs et peintres, qui sommes en vedette, qui sommes tout!» ajoutant, que c'est au fond la fin d'un pays.

* * * * *

Dimanche 20 octobre.—Aujourd'hui, Paul Margueritte, accompagné de son frère, est venu prendre congé de moi, avant de partir pour le Midi. Il va à Nice, cette fois, et espère, dans ce dernier hivernage, clôturer la série de ses hivers, loin de Paris, qu'il a la tentation de réhabiter, depuis qu'il est mieux portant.

* * * * *

Mardi 29 octobre.—De tous les livres du passé, LE NEVEU DE RAMEAU est le livre le plus moderne, le livre semblant écrit par une cervelle et une plume d'aujourd'hui.

* * * * *

Mercredi 30 octobre.—Je dîne, rue de Berri, avec un Russe qui me parle de Tolstoï, avec lequel sa famille était liée.

Il me dit que c'est un fou, dont les variations d'opinions sont extraordinaires, et me raconte qu'un jour, trouvant un numéro de la REVUE DES DEUX MONDES, chez sa belle-mère il s'écriait: «C'est une mauvaise lecture, cette revue… il ne faut pas que votre fille la lise!» À quelque temps de là, demandant à la même femme, si sa fille avait lu ANNA KARENINE, et celle-ci répondant, que ce n'était pas une lecture pour une jeune fille, il lui soutenait qu'une jeune fille devait être instruite de tout, pour se conduire dans la vie.

Un autre jour, toujours au dire de ce Russe, Tolstoï, après une longue anathémisation de l'eau-de-vie, ayant retenu à déjeuner le monsieur avec lequel il causait, il lui faisait servir de l'eau-de-vie. Sur quoi, l'autre lui rappelant sa conversation d'une heure avant, Tolstoï lui disait «qu'il n'avait pas de mission pour empêcher le mal». Alors pourquoi cette prédication?