—Tiens, c'est vrai, fait la femme au téléphone, en riant, il faut que j'interroge mon confesseur?

* * * * *

Mardi 17 mai.—Je reçois une carte de la baronne de Galbois, m'apprenant que Popelin est mort, ce matin.

Hier, à six heures, le fils de Popelin m'avait dit: «Il y a un petit mieux… ses crachats sanguinolents sont d'une meilleure nature… mais il n'y a pas à se le dissimuler, c'est un homme touché, bien gravement touché… et dont l'existence demandera à être entourée de grandes précautions.»

* * * * *

Vendredi 20 mai.—Il n'y a plus qu'une chose qui m'amuse, m'intéresse, m'empoigne: c'est une conversation entre lettrés sympathiques, dans l'excitation d'un peu de vin, bu à dîner.

* * * * *

Samedi 21 mai.—Déjeuner chez Raffaëlli, avec Proust, le ménage Forain, une Américaine, organisatrice de l'exposition de Chicago, dont les dents aurifiées font dire à Forain, que ses dents ressemblent à des jets de gaz, allumés pendant le jour—et encore avec des peintres, que je ne connais pas.

Forain raconte ses démêlés avec ses créanciers, parmi lesquels se rencontraient des créanciers roublards qui se faisaient ouvrir en chantonnant le refrain d'une chose en vogue, dans le moment, chez les artistes. Il narre joliment, comment il a mis militairement à la porte de chez lui, un créancier qui ne l'avait pas reconnu sous le costume d'un garde municipal, qu'il était en train d'endosser, pour aller à un bal masqué, chez Ménier.

Puis, je ne sais à propos de quoi, le nom de Meissonier est tombé dans la conversation, et l'on cite ce mot immense du peintre à un ami, lui annonçant qu'il avait eu l'influence de faire nommer une rue: Rue Meissonier.