* * * * *

Vendredi 4 novembre.—Le docteur Blanche disait ce matin à Mlle Zeller: «Vous voyez cette femme qui sort, et qui a l'air d'être parfaitement raisonnable… eh bien, elle se plaint d'avoir 3 000 hommes dans le ventre… et il y en a un—ajoute-t-elle—qui parle toujours… si celui-là, au moins pouvait se taire!»

* * * * *

Samedi 5 novembre.—Je reconnais que j'ai la fièvre, non pas tant à la chaleur de mes mains, qu'à la sensation de mes yeux jetant des éclairs: sensation, que je n'ai pas besoin de vérifier, pour en avoir la certitude.

* * * * *

Jeudi 10 novembre.—Aujourd'hui, répétition de SAPHO, avec Daudet et sa femme, au nouveau théâtre de Porel. Une salle, où l'on doit jouer samedi, et qui semble demander encore un mois de travail, une salle, où il y a partout des brasero allumés, pour sécher la salle, où l'on commence à poser les rideaux des loges, où Porel, pour qu'on entende les acteurs, est obligé de crier: «Deux minutes sans coups de marteau!»

Cette pauvre Réjane, qui a déjà répété ce matin, qui répète ce soir en costume, est éreintée, morte. Elle joue cependant trois actes pour nous. Jamais on n'a joué l'amour comme cela, et il y a une telle passion dans son jeu, que Mme Daudet a peur d'amener Lucien, à la première.

* * * * *

Mercredi 23 novembre.—C'est curieux, la connaissance, que l'étranger possède de ma MAISON D'UN ARTISTE. Il y a une vingtaine de jours, c'était ce ménage espagnol, qui voulait absolument me faire accepter un éventail, représentant Marie-Antoinette en train de regarder avec le Dauphin, l'enlèvement d'une montgolfière; aujourd'hui, c'est une Américaine qui m'apporte un bouquet de chrysanthèmes, et se répand en paroles élogieuses sur mes descriptions; et c'est encore aujourd'hui, rue de Berri, l'ambassadeur de Suède et sa femme, qui me demandent à voir ladite maison, et qui m'étonnent par leur science de ce qu'elle contient.

L'ambassadeur m'apprend qu'il est le fils d'un collectionneur, qui a perdu sa première collection dans un naufrage, la seconde dans un incendie, et qui est demeuré un collectionneur, et lui a légué sa maladie. Il aurait trouvé beaucoup de belles choses à Saint-Pétersbourg, où il a été ambassadeur pendant de longues années, avant d'être envoyé en France.