Mais quel régime il m'a prescrit… Pas de matière grasse, pas de foie gras, pas de beurre, pas de gibier, pas de poisson, pas même d'œufs.

—Enfin, vous me défendez tout ce qu'il y a de bon à manger?

—Oui, tout ce qu'il y a de bon! reprend le docteur, avec un sourire ironique.

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Jeudi 2 mars.—Depuis plus d'un mois, Toudouze tourne autour de moi, pour m'enrégimenter dans la Société des romanciers, qu'il fonde. Je faisais l'homme qui ne dit ni oui, ni non. Ces jours-ci, sur une demande directe d'en faire partie, et sur une aimable indiscrétion de Daudet, m'apprenant que je devais en être nommé président, je répondais à Toudouze par un refus formel, même brutal, lui déclarant que j'étais un individu vivant hors cadre, et pas du tout fabriqué pour faire partie d'une société. Aujourd'hui, Daudet venant me voir et me trouvant assez souffrant au lit, il me contait l'ennui de Toudouze, de mon refus, ennui d'autant plus grand, que Daudet lui avait dit qu'il n'en serait, que si j'en étais… Et ma foi, à peine est-il parti que j'envoie un mot à Toudouze, revenant sur mon refus, et cela je puis le dire, rien que pour lui être agréable.

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Vendredi 3 mars.—Le crépuscule dans la maladie, n'est pas mélancolique comme dans la santé. C'est comme une mise en rapport de la lumière avec votre demi-évanouissement.

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Dimanche 5 mars.—Une visite d'Hérédia, qui me parle de Taine, qu'il doit aller voir, en sortant de chez moi. Après la guérison d'une embolie cérébrale, il aurait une embolie pulmonaire, et serait dans un état désespéré.

Hérédia me conte que, dans ces derniers temps, sur le désir que Taine lui avait témoigné de lire ses TROPHÉES, il lui avait envoyé, avant la publication, un exemplaire tiré à la brosse. À la suite de cet envoi, il était passé quelques jours après chez lui et il lui avait, à propos de son sonnet sur un poisson, au milieu de grands éloges, tenu un discours un peu délirant.