Vendredi 30 juin.—Malgré moi, toute la matinée je ne puis m'empêcher de penser à Lorrain, que Pozzi opère dans ce moment.
À cinq heures, je vais savoir de ses nouvelles. Sa mère qui est à la porte, me dit: «De son lit, il vous a vu traverser la place… entrez donc quelques instants… vous lui ferez un vrai plaisir.» Et tout bas: «Ç'a été bien dur.»
—Ah! fait-il, en me voyant entrer, on a été six minutes avant de m'endormir… je croyais que je ne dormirais jamais… Pozzi m'a dit: Vous avez pris de l'éther… Oui c'est vrai, j'en ai beaucoup pris, à la suite d'un grand chagrin, qui me donnait des contractions de cœur… et ces contractions, l'éther les calmait… vous savez, l'éther c'est comme un vent frais du matin… un vent de mer qui vous souffle dans la poitrine… Ah, après ce que j'ai souffert… il me semblait que j'avais le corps rempli de phosphore et de flamme… Il faudra encore que dans trois semaines, je fasse une saison de Luchon… C'est bien ennuyeux d'être obligé de refaire son sang.
Puis après un silence, ses bras jetés hors de son lit, dans un étirement douloureux: «Oh, dans la vie, il n'y a peut-être que quelques jouissances littéraires, et quelques jouissances d'exquise gourmandise.»
* * * * *
Samedi 1er juillet.—J'avais à table, près de moi, une femme aux yeux bistrés, au langage mélancoliquement polisson, à la distinction souffreteuse, au décolletage excitant. On vint à parler d'une de ses amies, toujours en traitement, sans être malade. Alors ma voisine me dit: «Quand une femme est arrivée au moment, où l'essai de ses robes ne lui prend plus tout son temps, où l'amour ne l'amuse plus, où la religion ne s'en est pas emparée, elle a besoin de s'occuper d'une maladie, et d'occuper un médecin de sa personne.»
* * * * *
Mardi 4 juillet.—Là, en ce centre de Paris, au milieu de ces habitations, toutes vivantes à l'intérieur, là, en ce plein éclairage a giorno de la ville, sur cette MAISON TORTONI; 22, cette maison avec ses lanternes non allumées, avec ses volets blancs fermés, son petit perron aux trois marches, où dans mon enfance, se tenaient appuyés, un moment, sur les deux rampes, de vieux beaux mâchonnant un cure-dent, aujourd'hui vide, il me semble lire une bande de papier, écrite à la main: «Fermé pour cause de décès du Boulevard Italien.»
* * * * *
Samedi 8 juillet.—Enterrement de Maupassant, dans cette église de Chaillot, où j'ai assisté au mariage de Louise L… que j'ai eu, un moment, l'idée d'épouser.