Samedi 25 novembre.—À ce qu'il paraît, j'ai été anathématisé, à la mairie du VIe arrondissement, par les femmes de la Ligue de l'Émancipation, pour le mal que j'ai dit du beau sexe, dans mes livres, et qui, si elles ne sont pas encore décidées à venir me battre à domicile, sont résolues à m'adresser une lettre énergiquement motivée. C'est du moins ce que m'apprend un reporter de l'Éclair, venant me demander, si j'avais reçu la lettre en question.

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Dimanche 26 novembre.—J'ai écrit à Sarah Bernhardt de me renvoyer ma pièce, et j'ai reçu d'elle aujourd'hui un petit bleu, où elle me dit qu'elle a un tel désir de jouer quelque chose de moi, qu'elle me demande de garder encore ma pièce six semaines, pour la lire, à tête reposée. Ma conviction est qu'avec un certain désir de la jouer, elle ne la jouera pas.

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Dimanche 3 décembre.—Chez Plon, on disait ces jours-ci, que la bicyclette tuait la vente des livres, d'abord avec le prix d'achat de la manivelle, puis avec la prise de temps, que cette équitation obtient des gens, et qui ne leur laisse plus d'heures pour lire.

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Mardi 5 décembre.—Daudet m'a amené hier, le docteur Rendu, médecin de l'hôpital Necker, qui m'a mis à l'huile de Harlem.

Cette huile de Harlem, ordonnée par un médecin de ce temps, est un médicament qui semble avoir été inventé par un hermétique moyenageux, et dont le prospectus commence ainsi: «En Jésus Christ se trouvent tous les trésors de guérison, tant du corps que de l'âme.» Au fond, un médicament qui doit avoir une terrible action, car après en avoir pris quelques gouttes, il vous remonte de l'estomac des fumées, qui ont l'odeur de l'asphalte en fusion, pour la réparation des trottoirs.

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Mercredi 6 décembre.—Alidor Delzant s'est amusé, ces derniers mois, au rangement, au classement des autographes d'Ozy. Parmi ces lettres des contemporains amants ou amoureux de la femme, il y a tout un volume de lettres de Charles Hugo, de lettres très intéressantes, de lettres très belles, au moment, où Ozy, courtisée par le vieil Hugo, est prête à lui céder, et où le fils lui écrit, qu'il ne veut pas partager cet incestueux commerce, et qu'il se retire, le cœur déchiré.