Au fond, la JOURNÉE PARLEMENTAIRE n'est pas si méprisable, que je l'entends dire par quelques-uns, seulement, c'est une pièce faite rapidement, pas assez fouillée, et où Thuringe et les parlementaires de son entour ne sont que silhouettés.

* * * * *

Dimanche 25 février.—Interrogé sur son ami Paul Adam, de Régnier nous dit que c'est un corpulent, un sanguin, dont même la rêverie n'est pas contemplatrice, mais est active, et tout en reconnaissant, en exaltant ses mérites littéraires, il déclare toutefois que chez lui, l'occultisme prime la littérature.

* * * * *

Lundi 26 février.—À l'anarchique heure présente, dans les maisons où les magistrats ont un appartement, il y a une porte intérieure en glace fermée, qu'ouvre seule la portière. Cette porte existe chez le juge Meyer, qui habite le logement du dessous de Quesnay de Beaurepaire.

* * * * *

Mercredi 28 février.—Lisant aujourd'hui, dans la brochure, la JOURNÉE PARLEMENTAIRE, je trouve à la pièce de très grandes qualités, dont je ne m'étais pas tout à fait rendu compte à la représentation, et je trouve le suicide par contrainte, un acte parfaitement original et très bien fait.

* * * * *

Dimanche 4 mars.—Au Grenier, arrive Rodenbach, auquel on demande, où il en est de sa pièce, et qui dit que Claretie est prêt à la jouer, mais qu'il ne veut pas de sa composition. C'est un hasard, ajoute-t-il, qui lui a fait faire du théâtre, qu'il n'en fera sans doute plus, et qu'alors il aime mieux ne pas être joué, que d'être joué avec une interprétation, qui n'est pas dans ses vues. Claretie lui propose Baretta, et il désirerait avoir Moreno qui, pour lui, donnerait l'illusion d'une figure avec son recul dans le passé.

Ce soir, Schwob apporte, chez Daudet, un volume de Daniel de Foé, qu'il nous traduit, qu'il nous interprète. C'est un traducteur très séduisant, avec son mot à mot trouvant si bien l'expression propre, ses petites hésitations balbutiantes devant un terme archaïque, ou un terme d'argot, avec son intonation à mezza voce qui, au bout de quelque temps, a le charme berçant d'une cantilène. Ce volume, je crois, s'appelle LE CAPITAINE JACK, et c'est l'histoire d'un voleur-enfant, écrite avec un sentiment d'observation moderne, et mille petits détails d'une vie vécue, contés bien certainement à l'auteur, enfin avec toute la documentation rigoureuse et menue d'un roman réaliste de notre temps.