Il nous donne la vie qu'il a écrite de sa bien-aimée sœur. Nous rentrons, nous lisons ces pages qui nous touchent en plein cœur de notre fraternité, et des larmes dans la gorge arrêtent notre lecture.
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25 mai.—Oh! le bruit! le bruit! J'en arrive à détester les oiseaux. Je dirais volontiers comme Deburau au rossignol: «Veux-tu te taire, vilaine bête!»
Au fond, une véritable désespérance. Plus de sommeil, plus d'appétit, l'estomac barré, l'anxiété dans toute la boîte digérante, le corps mal en train, épeuré de la minute qui va venir, et peut le faire absolument malade. Un effort abominable pour remuer ou vouloir, un barbouillement et une lâcheté de tous les organes. Et il faut travailler, s'isoler la tête, la faire créer, et trouver des idées et des mots artistes dans la souffrance de l'un compliquée de la souffrance de l'autre, et dans l'agacement infernal, produit par la maison que nous habitons.
Depuis quelque temps, depuis longtemps, il nous semble que nous sommes vraiment maudits, voués à un supplice ridicule comme les locataires-martyrs, dans un logis des PILULES DU DIABLE.
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27 mai.—Fontainebleau.
Des moments de désespoir de notre santé, où nous nous disons: «Embrassons-nous, ça nous donnera du courage!» et nous nous embrassons sans nous dire rien de plus.
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31 mai.—Ce soir dans la salle à manger de l'hôtel de Fontainebleau. Au milieu de couples horribles de bourgeois gourmés, de vieux gandins de bourse et d'obscurs poseurs, un ménage de vieux Anglais. Il y a rarement chez nous cette noblesse de déclin, cette race de la vieillesse, cette beauté de Franklin et de grand seigneur, sous la couronne d'un reste de cheveux blancs, et ces yeux heureux, et cette belle bouche, et ces beaux regards humains; enfin ce type d'une vie toute droite et bien remplie, d'une conscience satisfaite, d'une âme limpide. Il y a chez l'Anglais distingué de l'aristocratie des beaux et bons chiens de son pays.