—Taine m'envoie son livre. Il a ramassé toute l'Italie en trois mois: les tableaux, les paysages, la société,—cette société si impénétrable; enfin le passé, le présent, l'avenir.

Heureusement qu'il y a de grandes indulgences pour les légèretés des hommes sérieux.

* * * * *

8 février.—A une soirée chez la princesse Mathilde.

Ce que j'aime surtout dans la musique: ce sont les femmes qui l'écoutent.

Elles sont là, comme devant une pénétrante et divine fascination, dans des immobilités de rêve, que chatouille, par instants, l'effleurement d'un frisson.

Toutes, en écoutant, prennent la tête d'expression de leur figure. Leur physionomie se lève et peu à peu rayonne d'une tendre extase. Leurs yeux se mouillent de langueur, se ferment à demi, se perdent de côté où montent au plafond chercher le ciel. Des éventails ont, contre les poitrines, un battement pâmé, une palpitation mourante, comme l'aile d'un oiseau blessé; d'autres glissent d'une main amollie dans le creux d'une jupe; et d'autres rebroussent, avec leurs branches d'ivoire, un vague sourire heureux sur de toutes petites dents blanches. Les bouches détendues, les lèvres doucement entr'ouvertes, semblent aspirer une volupté qui vole.

Pas une femme n'ose presque regarder la musique en face. Beaucoup, la tête inclinée sur l'épaule, restent un peu penchées comme sur quelque chose qui leur parlerait à l'oreille; et celles-ci, laissant tomber l'ombre de leur menton sur les fils de perles de leur cou, paraissent écouter au fond d'elles.

Par moments, la note douloureusement raclée sur un violoncelle, fait tressaillir leur engourdissement ravi; et des pâleurs d'une seconde, des diaphanéités d'un instant, à peine visibles, passent sur leur peau qui frémit; suspendues sur le bruit, toutes vibrantes et caressées, elles semblent boire, de tout leur corps, le chant et l'émotion des instruments.

La messe de l'amour!—on dirait que la musique est cela pour la femme.