Ma mère, sur votre lit de mort, vous m'avez mis la main de votre enfant chéri et préféré dans la mienne, en me recommandant cet enfant avec un regard qu'on n'oublie pas, êtes-vous contente de moi?
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4 heures de l'après-midi.—Tant de souffrances pour mourir! De si déchirants efforts pour avaler de petits morceaux de glace, pas plus gros que des têtes d'épingles. Une respiration ronflante comme une basse, coupée d'une plainte, continue et râlante qui vous déchire… Du milieu de cette plainte jaillissent des mots, des phrases qu'on ne peut saisir, et parmi lesquels il me semble entendre: «Maman, maman, à moi, maman!» Deux fois il a dit distinctement un nom de femme aimée: «Maï-a, Maï-a.»
Quand je vois, en face de moi, de l'autre côté de la table à manger, ce fauteuil, qui restera éternellement vide, mes larmes tombent dans mon assiette, et je ne puis manger.
N'avoir pas la foi, voilà le malheur! Comme on userait la fin de son existence dans la mécanique consolante de la vie religieuse.
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8 heures.—Un cœur tumultueux soulevant comme les os et la peau de sa poitrine, et une respiration stridente qu'il semble tirer du creux de son estomac.
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Nuit de dimanche (19 juin) à lundi.—Le profil de Pélagie penché sur un petit livre de prières, dont l'ombre noire se reflète sur le blanc entassement des oreillers, au milieu desquels sa tête a disparu, et dont sort le râle.
Toute la nuit, ce bruit déchirant d'une respiration qui ressemble au bruit d'une scie dans du bois mouillé, et que scandent à tout moment des plaintes douloureuses et des han plaintifs. Toute la nuit cette poitrine qui bat et soulève le drap… Dieu ne me ménage pas l'agonie de ce que j'aime, m'épargnera-t-il les convulsions de la fin?