La maison du garde, une masure, une bâtisse de plâtre, rapiécée par place, et où apparaissent, comme des esquilles, les lattes sortant du mur. Sous l'auvent du toit de tuile, une grosse botte de haricots grippés qui sèchent. A l'intérieur, une chambre basse, où est percée une petite fenêtre à trois carreaux. Une cheminée à la plaque fendue par l'incendie des bourrées, et dans laquelle il y a un tube de fonte pour souffler le feu. Sur la cheminée, trois bouteilles d'encre vidées par les comptes et les chiffres des coupes de bois, une moitié de calebasse faisant une cuiller de sauvage, une écuelle brune pareille au pot à tisane de Marat. Dans une retraite du mur, un moine, l'ancienne bassinoire rustique, un boisseau, une bayonnette, une petite glace de foire avec des plumes de geai passées derrière, deux faucilles, une corne pour appeler dans le bois.

Au fond, au-dessus d'un lit moisi, un sabre de pompier, et un fusil à pierre au chien tout rouillé; sur une planche, au plafond, une fiole remplie d'eau-de-vie de piéton, des assiettes de ferme, une lanterne, et un morceau de savon de Marseille pendu à une ficelle.

Un antre, une tanière, où il fait bon de s'ensauvager toute une journée.

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25 novembre.—Je me lève, j'ouvre la France… Gavarni mort… un coup de foudre… L'enterrement à l'heure où je lis cela… Et nous n'y serons pas, nous ne nous retrouverons pas derrière le cercueil de l'homme, que nous avons le plus aimé, le plus admiré… Nous ne le reverrons plus…

Toutes sortes d'idées, de souvenirs: la mélancolie de ses derniers jours, ses mains si maigres qu'on aurait dû mouler, la caresse de son œil, sa voix si tendre quand il nous appelait ses petits, ce quelque chose en lui d'un père pour nous.

Et je pense à cette première atteinte de la mort qui l'a touché à mon bras—ô ironie!—au sortir d'un bal de l'Opéra qu'il avait voulu revoir pour la dernière fois.

Je regrette tout ce que je n'ai pas sauvé de lui par une note… Oh! comme la mort vous fait voir que la vie est de l'histoire!

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2 décembre.—Tout un mois passé au vent, à l'air, à la pluie, à la gelée, les pieds dans la boue, la vie affluant au visage et nous bourdonnant aux tempes; et tantôt au bord de la rivière, allant à pas glissés derrière le balancement d'épaules d'un jeteur d'épervier; et tantôt fourrant les mains dans le sang tiède et la curée chaude d'un chevreuil:—un mois où nous tâchons de nous redonner de la santé bestiale de la campagne.