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5 avril.—Sur le Pausilippe. De ma cabine je regarde bêtement par l'œil rond, par le hublot du bateau, l'échevèlement éternel des vagues, où dedans parfois, un petit bateau s'encadrant dans cette grosse lentille, semble une marine peinte sur un galet de cristal.

Sur le pont, il y a des enrôlés dans les zouaves pontificaux, des Belges surtout, de pauvres jeunes gens, aux mines hâves, dont quelques-uns lisent, sur des cordages, des livres de piété, à tranches dorées: enrôlés de misère que le mal de mer ne rend pas jaunes, mais terreux.

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5 avril.—L'homme du gouvernail, accoudé à cette roue déroulant l'immensité des mers, et tournant autour du monde,—une main morte sur le cuivre de la roue, l'autre tenant un de ses montants;—cet homme à la figure tannée, boucanée par le vent salin, sa toque de marin sur la tête, et sa robuste silhouette se détachant sur un ciel qui se perd dans une clarté mourante de feu de Bengale, ponctué du vol noir de quatre ou cinq mouettes, cet homme ayant derrière lui la barque de sauvetage. Quel superbe et simple frontispice pour un livre de voyage!

La mère de Napoléon n'est dans l'histoire que le ventre qui l'a porté. Pareille à la femme de la Fable, elle fit le rêve d'être accouchée de la foudre—et ce fut toute sa vie.

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6 avril.—Civita Vecchia.

Dix heures du matin… Enfin des rues tortueuses, des carrefours, des marchés sales, vivaces, grouillants, une population habillée de taches, des bâtisses de raccroc, du pittoresque, de l'artistique,—une ville sans édilité, avec des coulées de picturales ordures.

J'éprouve une singulière impression, mes yeux sont heureux, je me sens en rupture de ban avec cette France américaine, avec ce Paris au cordeau de maintenant.