[70: Histoire de la Régence, par Lemontey, t. II.—Un manuscrit de l'Arsenal, Histoire de France, n° 220, donne une version un peu différente.—«Madame, ne soyez pas surprise des ordres que je donne. Faites attention à ce que M. de Fréjus vous dira de ma part; je vous en prie et vous l'ordonne.»]
[71: À propos du néant absolu auquel a été réduite Marie Leczinska après la chute du duc de Bourbon, donnons cette lettre de la Reine adressée à M. de Fréjus et que veut bien me communiquer M. Boutron.
«31 août 1726.
«Vous ne doutez pas, Monsieur, du plaisir avec lequel j'ay receu votre lettre, vous m'en avez fait infiniment en me mandant des nouvelles de la santé du roy, pour laquelle il m'est naturel d'être toujours inquiète; je suis bien fâchée que la peine qu'il a eue de se lever si matin aye esté inutile, ayant eu une si vilaine chasse, remercié (le) de la bonté qu'il a pour la femme du monde la plus ataché et qui la resent le plus vivement et dont le seul désir est de le mériter; toute mon impatience est de l'en aler au plutôt assurer moi-même, ce que j'espère ne tardera point, me portant de mieux en mieux; j'ay esté fort afoiblie par le chaud qu'il a fait, mais depuis qu'il est cessé, mes forces me reviennent; je n'envoye à Fontainebleau que lundi, comme nous sommes convenus, crainte d'incomoder le roy. Si je suivois mon inclination, vous i veyrez des couriers plus souvent; je suis fort contente de ce que vous me dites de mon entresol, vous connoissez mon gout a estre seule, ainsi vous pouvez juger par là qu'il ne me déplaira pas. Vous avez raison de dire que l'on ne fait point la même chose à ma cour qu'à celle du roy, au lieu que l'on ne fait que bailler à Fontainebleau, à Versailles on ne fait que dormir; pour moi, en mon particulier, je m'en fait une occupation et de jour et de nuit, m'ennuyant beaucoup, cela ne déplaît point à mes dames que vous sçavez estre très paresseuses. À propos desquelles je vous dirai que j'ay fait comme je vous dit qui esté comme elles sont toute la journée chez moy de leur donner la permission d'estre habillé plus commodément, et pour celles qui ne sont point dames du palais ont eu ordre d'estre en grand habit. Comme il m'est revenue de plusieurs endroits que cela faisoit de la peine aux autres, et que plusieurs même qui sont resté à Paris, ont tenue quelque discours sur cela; j'ay résolue aujourd'hui et j'est même dit à la maréchalle que me portant bien et sortant demain à la chapelle, qu'elles se missent toutes en grand habit. J'espère que vous approuverez cela, d'autant plus que effectivement, il n'y a ici, outre mes dames que très peu d'autres, et que l'on prétend que c'est cette raison qui les empêche de venir.
«Je souhaiteroit de sçavoir aussi les intentions du roy, sur mon ajustement et de celles qui me suiveront en arrivant à Fontainebleau; couchant à Petitbourg, cela fait une espèce de voyage; enfin vous me ferez plaisir de me donner vos conseils en tout, et celui qui me sera le plus sensible de tout est que vous soyez persuadé de ma parfaite estime pour vous.
«MARIE.»
«À Versailles.
«Je vous aurez escrit plutôt sur le mécontentement des dames, mais, j'ay esté trop foible, je crois que vous ne désaprouverez pas ce j'ay fait d'autant plus que me portant bien présentement elle n'ont pas besoin d'être si assidue, je ne doute point que vous n'ayez de la peine à lire ma lettre, ma main estant encore un peu tremblante.
«À Monsieur,
«Monsieur l'ancien Évêque de Fréjus,