[242] Id., vol. IV.

[243] Mémoires de la République des lettres, vol. XIII.

[244] Ibid., vol., I.

[245] Correspondance secrète, vol. II.

[246] Quelquefois les grandes dames et leurs tenants se donnaient le plaisir de jouer pour un petit public d'admirateurs, dans une salle louée, où l'on montait un théâtre. Je copie dans un recueil de pièces manuscrites qui m'a été communiqué par M. Claudin et qui porte l'ex libris de la bibliothèque du président Hénault, ce curieux compte-rendu écrit par le président en tête du Jaloux de soi-même:

«Cette pièce a été représentée le 20 août 1740. On choisit pour cela une salle aux Porcherons, où l'on construisit un théâtre tout à fait galant; il ne devoit y avoir qu'un très-petit nombre de spectateurs, et il n'y avoit, en effet, que Mme la duchesse de Saint-Pierre, Mme la maréchale de Villars, Mme de Flamarens, M. de Céreste et M. d'Argental.

«La pièce commença par une espèce de prologue fort court qui rouloit sur le secret que nous exigions de nos spectateurs. C'étoit M. de Pont-de-Veyle, habillé en Pythie, qui chantoit la parodie de la Pythie de Bellérophon, accompagné par Rebel et Francœur, qui composoient seuls notre orchestre; on y joignit depuis l'abbé pour jouer du violoncelle.»

A la fin de cette pièce: le Jaloux de lui-même, on lit:

«Après la comédie, il y eut un ballet composé par M. le marquis de Clermont d'Amboise et dansé par lui, par M. de Clermont son fils, et par Mme la duchesse de Luxembourg. Après le divertissement il y eut une parade exécutée par Mlle Quinault, M. de Pont-de-Veyle, M. d'Ussé et M. de Forcalquier. Cette même pièce fut jouée une seconde fois dans une salle que l'on avoit louée aux Porcherons; elle fut suivie d'une comédie composée par M. le comte de Forcalquier, intitulée l'Homme du bel air, en trois actes. MM. de Rupelmonde et de la Marche y jouèrent pour la première fois; la pièce est très-bien écrite et amusa beaucoup. Il y eut un ballet dans lequel on chanta le vaudeville suivant.....

«Après ce divertissement, M. de Pont-de-Veyle se présenta à la porte de la salle en habit d'opérateur et demanda qu'il lui fût permis d'étaler sa boutique et de vendre ses drogues. Il n'eut pas de peine à obtenir cette permission. Il monta sur le théâtre, et là, secondé par M. de Forcalquier, habillé en Arlequin et dont la figure et le jeu furent d'autant plus admirables qu'assurément ce n'est pas son genre, ils trouvèrent le secret d'amuser pendant plus d'une heure et demie, par le récit de tout ce qu'il y avoit de merveilleux dans le cours de ses voyages. Ensuite il distribua ses drogues à tout le monde, c'est-à-dire qu'il donna des petites boites dont chacune renfermoit un vaudeville applicable à la personne qui le recevoit. Cette scène fut extrêmement divertissante par la chaleur et le comique des deux acteurs; et M. de Pont-de-Veyle eut lieu d'être content de la joie et des rires continuels que l'on donna à tout ce que son imagination lui fournit. La fête fut terminée par des présents de rubans que M. de Pont-de-Veyle et M. de Forcalquier avoient enfermés dans des boites et qu'ils jetèrent à toutes les femmes de chambre et à tous les valets de chambre, et par des poignées de dragées qui volèrent dans la salle pour le peuple qui étoit en grande affluence; car les représentations, qui avoient commencé par un très-petit nombre de spectateurs, se trouvoient comblées de monde, quelques précautions qu'on eût prises pour l'empêcher. On s'étoit trop bien trouvé de cette espèce de fête pour ne pas demander aux acteurs de vouloir bien continuer à en donner de nouvelles. En effet, on représenta le Baron d'Albierac quinze jours après, suivi d'un divertissement et terminé par le Baron de la Crasse, où M. de Pont-de-Veyle joignit quelques scènes de sa façon. On se proposoit de donner bientôt après de nouvelles comédies; mais des incommodités survenues en firent différer la représentation, et ce ne fut qu'au bout d'un mois que l'on se rassembla pour jouer deux comédies, chacune en trois actes, l'une de M. Duchastel, intitulée Zayde et l'autre, la Petite Maison. La première pièce est prise d'un roman intitulé la Belle Grecque, qui venoit de paroistre, et M. Duchastel avoit su tirer du sujet un bien meilleur parti que dom Prévost, auteur du roman. Mme de Rochefort, dans le rôle de Zayde, fit répandre bien des larmes; Mme de Luxembourg fut charmante, habillée à la turque, dans le rôle de Fatime; M. de Forcalquier se surpassa dans le rôle de Florimond, amant de Zayde; et M. Duchastel, auteur de la pièce, représenta avec un très-grand succès le rôle d'Alcippe, rival de Florimond. Après cette pièce on joua la Petite Maison. Le succès du Jaloux de lui-même m'avoit porté à composer cette nouvelle comédie. Il y avoit une difficulté à surmonter: c'étoit le déguisement de Mme de Rochefort en homme. Cela suspendit quelque temps l'idée de la donner. Mais enfin on imagina une espèce d'habillement qui accorda la décence avec l'illusion nécessaire pour le plaisir des spectateurs.»