Coriolis en était à ce moment de désenchantement, quand un soir à l'heure du dîner, il aperçut au bout de la rue de Barbison une silhouette de sa connaissance, la silhouette de Chassagnol ayant pour tout bagage une canne qu'il avait coupée en chemin dans la forêt.

—Bah! c'est toi?… Ah! c'est gentil…

—Oui, j'éprouvais le besoin de repasser mon Primatice… voilà. Je suis parti pour Fontainebleau… deux jours que j'y suis… On m'a dit que vous étiez ici… Et je viens casser une croûte…

—Oh! tu resteras bien quelques jours avec nous… Nous te ferons voir la forêt.

—Moi… Oh! tu sais la forêt… j'ai horreur de ça, moi… A Fontainebleau, tout le temps que je ne pouvais pas étudier mon bonhomme… j'ai été dans un cabinet de lecture pas mal monté pour la province… Ils ont une collection de romantiques de 1830… C'est bête, mais ça exalte… Je n'ai pas même été voir les carpes… Tu sais, moi, je suis un vrai pourri… je n'aime que ce qu'a fait l'homme… Il n'y a que cela qui m'intéresse… les villes, les bibliothèques, les musées… et puis après, le reste… cette grande étendue jaune et verte, cette machine qu'on est convenu d'appeler la nature, c'est un grand rien du tout pour moi… du vide mal colorié qui me rend les yeux tristes… Sais-tu le grand charme de Venise? C'est que c'est le coin du monde où il y a le moins de terre végétale… Ah çà! Manette va bien? Et Anatole?

—Oui, oui, tu vas la voir… Anatole est encore en forêt, il va revenir.

Après le dîner, quand les dîneurs eurent quitté la table, ceux-ci pour aller faire un piquet chez des amis, ceux-là pour se promener, d'autres pour se coucher:

—Mais il me semble que vous n'êtes pas mal ici,—fit Chassagnol qui venait de dire, sans se déranger: C'est bon! à l'aubergiste qui voulait lui montrer sa chambre.

—Pas mal!… Heu! heu!

Et Coriolis raconta à Chassagnol tous ses petits déboires de confortable.