—Eh bien! si tu m'emmenais, moi?—fit-il à brûle-pourpoint.
L'oncle et le neveu se tutoyaient depuis le café.
—Mon Dieu, tout de même,—répondit l'oncle en homme désarçonné par la brusquerie de la demande.—Mais tu ne seras jamais prêt,—reprit-il.
—Quand pars-tu?
—Mais… demain, à cinq heures.
—Oh! j'ai un jour de trop.
Anatole fut exact au chemin de fer. Il avait arraché trois cents francs à sa mère, dont la vanité de bourgeoise était humiliée des costumes dans lesquels on rencontrait son fils à Paris. Il paya sa place, et partit avec son oncle pour Marseille.
A Lyon, la glace était tout à fait rompue entre les deux voyageurs: l'oncle et le neveu s'étaient confié réciproquement les malheurs de leurs bonnes fortunes.
Arrivés à Marseille, à cinq heures, ils descendirent à l'hôtel des Ambassadeurs. On dîna à table d'hôte. Anatole but un peu trop de vin de Lamalgue, un vin généralement fatal aux nouveaux venus, et monta se coucher. Il dormait, lorsqu'une voix de stentor l'éveilla: Anatole! Anatole!—lui criait son oncle de la rue—nous sommes chez Conception! le pisteur de l'hôtel t'y mènera…
Anatole sauta en bas de son lit, s'habilla; et le pisteur le mena au troisième étage d'une maison de la rue de Suffren, où se trouvaient, autour d'un bol de punch, son oncle, quatre amis de son oncle et la maîtresse de son oncle, mademoiselle Conception, une petite Maltaise, brune de naissance, et danseuse de profession au Grand-Théâtre.