Je me suis désabonné à mon journal. Je ne veux plus rien savoir de ce qui ce passe là-bas.
Maman veut que je me marie. Elle m'a parlé de la fille de Capron, des sœurs Cadet, de la petite Noémi. Je lui ai répondu par un non formel.
Nous sommes allés au chef-lieu aujourd'hui.
Au théâtre, maman m'a présenté à M. et madame Langot et à leur fille. Nous avions deux places dans leur loge. Bocage était de passage. Il jouait Antony. Au moment où Antony demande une chaise de poste et jette sur la table de l'auberge une bourse sans compter ce qu'il y a dedans, un individu aux premières loges s'est mis à dire tout haut, qu'on n'achetait pas une voiture comme cela; on l'examinait, on la marchandait et l'on comptait son argent. Tout le monde, dans la salle, paraissait du sentiment de l'individu.--M. Langot est un gros homme qui paraît inoffensif. Je n'ai pu tirer de mademoiselle Langot que des oui et des non. Elle n'est pas jolie. Elle a l'air doux. Ma mère m'a dit qu'elle chantait au piano, et qu'elle devait avoir deux cent mille francs à la mort de son père.--Au fait, maintenant que ma vie est terminée... Et puis, peut-être, un enfant cela vous rattache-t-il à vivre?
Je me suis marié. Ma femme est nulle. Elle a le cœur sec, le jugement petit et étroit de la province, l'avarice passée dans le sang des familles terriennes. Mon beau-père est vain, braillard, insupportable, poussant l'ignorance au delà du permis, le ridicule au delà du croyable. J'ai eu toutes les peines du monde à le faire revenir sur l'idée qu'il avait d'illuminer la tombe de sa mère le jour de mon mariage avec sa fille. L'autre jour il m'a dit: Vous aimez les antiquailles? je vous donnerai une pipe romaine qu'a trouvée un de mes ouvriers dans mon bois de...--Aristophane aurait fait une belle comédie avec cette idée et sous ce titre: «Prométhée, gendre de Plutus.»--Journellement, pour les riens du ménage, ce sont des scènes entre maman et ma femme; maman me reproche de ne pas la faire respecter par ma femme; ma femme me dit que je donne toujours raison à maman. Je suis ballotté entre ces deux jalousies. Elles boudent, et lorsqu'elles se raccommodent, elles s'allient et se tournent toutes deux contre moi.--Mon beau-père vient passer ici des huit jours, et quand il est là, toujours parlant avec sa grosse voix, je n'ai plus même à moi le silence du calme.
J'ai un fils. Tant qu'il sera petit, je le ferai jouer dans le jardin; quand il sera grand, je lui mettrai une blouse et lui achèterai un bout de champ; et puis aille la charrue!
Je me suis rencontré hier avec le monsieur de Paris qui est venu faire de l'agriculture à la ferme de Levecourt. Je l'ai salué, nous nous sommes mis à causer. Depuis neuf ans, c'est la première conversation que j'aie eue. Il m'a invité à venir le voir.
M. Dumont, de Levecourt, est mieux qu'une ressource; il a un charme de rapports et d'esprit, et des façons cordiales, qui me poussent de jour en jour à son amitié.--C'est un ancien garde du corps; et quoique nous différions entièrement de manière de voir politique, nous discutons sans disputer.--Il est venu souvent cet hiver souper à la maison.
Voilà quinze jours que je n'ai vu M. Dumont.--Ma femme aurait dit, la dernière fois qu'il a soupé à la maison, devant son domestique, qui mettait le cheval à la voiture, que «je ne pouvais pas continuer à manger ma fortune, en tenant table ouverte».
7 juillet 1845.--Mon petit garçon s'en est allé, le croup l'a emporté. Il était beau et souriant vendredi encore... Des gens du pays qui ne m'aiment pas ont jeté le soir, par-dessus la haie de mon jardin, un petit cochon de lait mort...