En 1798, paraît Dan tóka, CHANSONS DE DANSE POUR HOMMES[12].

[Note 12: Le titre est trompeur, car le volume ne contient que des poésies qui ne peuvent pas se chanter.]

Un volume de poésies où collaborent les dessinateurs Yékighi Tôrin, Yeishi, Shighémasa, Outamaro, Hokousaï: chaque artiste apportant le dessin d'une planche.

Une impression très soignée ressemblant à de la vraie aquarelle, avec le marron comme couleur dominante dans les robes des femmes.

La même année Hokousaï publie, sous la signature Kakô, l'HISTOIRE NATURELLE DES MONSTRES, Wakémono Yamato Honzô, dont le texte était donné par Kiôdén.

Un livre aux allusions ironiques, sans doute à propos de la publication d'un sérieux ouvrage sur l'histoire naturelle, et où l'imagination du dessinateur se donne toute liberté dans la création de ses monstres, les faisant, tour à tour, ridicules ou terribles. C'est dans l'effroi de femmes se cachant la figure, d'hommes couchés à terre, un monstre aux ailes de toile d'araignée, à la queue formée par le déroulement d'une lettre japonaise, à la tête faite par des besicles jouant l'appareil visuel de la libellule; c'est une tête de femme flottant sur l'eau, dont les épingles de la chevelure lui donnent l'aspect d'un crabe; c'est un arbre dont les feuilles sont des pièces d'or; c'est un oiseau à deux têtes, un dessin faisant revivre la légende des deux oiseaux si amoureux l'un de l'autre qu'ils semblaient ne faire qu'un oiseau.

IX

En ces années, en cette fin du XVIIIe siècle, le talent d'Hokousaï n'a pas seulement fait sa popularité chez ses compatriotes, ce talent commençait à être apprécié par les Hollandais faisant leur visite d'office, tous les cinq ans, à Yédo, et l'un d'eux, que l'on croit être le capitaine Isbert Hemmel, avait eu l'intelligente idée de rapporter en Europe deux rouleaux dus au pinceau de l'illustre maître, représentant, le premier, tous les épisodes de l'existence d'un Japonais depuis sa naissance jusqu'à sa mort, le second, tous les épisodes de l'existence d'une Japonaise, également depuis sa naissance jusqu'à sa mort.

Le prix convenu de ce curieux historique de la vie japonaise était de 150 rios d'or (le rio d'or vaut une livre sterling). Et Hokousaï recevait du médecin hollandais attaché à l'expédition une commande d'un double des deux rouleaux.

Hokousaï apporta tous ses soins et sa science à la confection des quatre rouleaux, terminés au moment du départ des Hollandais. Et, quand Hokousaï livra ces rouleaux, le capitaine, très enchanté, lui remit l'argent convenu, mais le médecin, sous prétexte qu'il avait un traitement inférieur à celui du capitaine, ne voulut payer que la moitié du prix. À quoi Hokousaï se refusa, aussi bien qu'à lui laisser un rouleau à 75 rios.