Cette séance fit éclater le nom d'Hokousaï comme un coup de tonnerre, et pendant quelque temps, dans toute la ville, on ne vit dessiné sur les châssis, sur les paravents, sur les murs, et même sur le sable par des enfants, rien que des Darma, rien que l'image de ce saint qui s'était imposé la privation du sommeil et dont la légende raconte qu'indigné de s'être endormi une nuit il se coupa les paupières, les jeta loin de lui comme de misérables pécheresses et que, par suite d'un miracle, ces paupières prirent racine où elles étaient tombées, et qu'un arbrisseau, qui est le thé, poussa donnant la boisson parfumée qui chasse le sommeil.

Ce ne fut pas la seule grandissime peinture que peignit Hokousaï. Plus tard il peignit, à Honjô, un cheval colossal, et plus tard encore à Riôgokou un Hôteï géant, Hoteï qu'il signa Kintaïsga Hokousaï, ce qui veut dire «Hokousaï de la maison au sac de brocart», par allusion au sac de toile qui est toujours l'accessoire de ce dieu. Le jour où il peignit le cheval de la grandeur d'un éléphant, on raconte qu'il posa son pinceau sur un grain de riz et, quand on examina ce grain de riz à la loupe, on eut l'illusion de voir dans la tache microscopique du pinceau l'envolée de deux moineaux.

XXVII

En 1818 Hokousaï illustre Hokousaï Gwakiô, LE MIROIR DES DESSINS
D'HOKOUSAÏ ou Dénshin Gwakiô, MIROIR DES DESSINS QUI VIENNENT DE
L'ÂME.

Ce livre qui contient cinquante pages de dessins est avec le Shashin gwafou l'album où Katsoushika Hokousaï se montre le plus magistral, le plus en possession de tout son talent.

La préface dit: «Les anciens ont dit que pour faire un grand peintre, il fallait trois conditions:

L'élévation de l'esprit;
La liberté du pinceau (l'exécution);
La conception des choses.

Et généralement il est difficile de trouver un artiste qui possède une de ces conditions. Eh! bien, il y a un homme de Yédo, appelé Hokousaï, adonné depuis de longues années à la peinture, et qui remplit ces trois conditions.»

Et la préface n'exagère pas.

D'abord le titre dans un bel encadrement michelangesque, représentant des oni, des mauvais génies:—un encadrement qui a l'air de la première page d'un de nos beaux livres du XVIe siècle.