Une planche curieuse, c'est la figuration des quatre classes du Japon représentées par un membre de la première classe, un guerrier en train de lire un livre posé sur un pupitre;—un membre de la seconde classe, un paysan, en train de lire un livre attaché à sa bêche;—un membre de la troisième classe, un ouvrier, un graveur, faisant sauter à coups de maillet des morceaux de bois d'une planche qu'il entaille;—un membre de la quatrième classe, un marchand, un libraire faisant ses comptes.
Puis, un peu à la diable à travers l'illustration, ce sont des tireurs, des jongleurs, des danseuses, au milieu desquelles se trouve, comme dernière planche, une composition tout à fait amusante: une grande lettre ayant l'air d'un monument de pierre et en forme d'une croix à double branche sur laquelle sont montés, grimpés, accrochés, un tas de petits bonshommes qui, dans toutes les attitudes, la nettoient, la grattent, la brossent, l'inondent de l'eau d'une pompe.
Cette grande lettre, c'est le caractère signifiant la piété, et ce nettoyage veut dire qu'on doit nettoyer sa piété, ainsi que nous disons chez nous qu'il faut garder sa conscience pure.
XLII
En 1834 paraît le premier livre des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, Fougakou
Hiakkei, un premier livre suivi d'un second, d'un troisième volume et où
Hokousaï a apporté dans ses dessins une science, un art, une observation
humoristique tout à fait supérieure, et dont les gravures, exécutées par
Yégawa, le graveur préféré par Hokousaï, sont de petits chefs-d'oeuvre.
Cette célébration par l'illustration du grand artiste de la montagne vénérée du Japon, de la montagne aux 12 450 pieds, n'est pas tant une représentation des ascensions qui ont lieu, chaque année, pendant les grandes chaleurs, que cent fois la montre de la montagne, vue de Yédo, et des campagnes au nord, au sud, à l'est, à l'ouest du Fouzi-yama.
La première planche est la figuration de la déesse du Japon, Konohana-Sakouya-himé (princesse de la fleur épanouie), la divinité du Fouzi-yama: dessinée sa noire chevelure épandue dans le dos et tenant d'une main un miroir, de l'autre une branche d'arbuste, dans une ample robe dont les cassures font à ses pieds comme des vagues.
La seconde planche nous fait voir des groupes de Japonais accroupis ou agenouillés, se montrant dans la stupéfaction la grande montagne, là où il n'y en avait pas: planche faisant allusion au jaillissement de la montagne sous l'empereur Kôrei (285 ans avant Jésus-Christ), au moment où, à cent lieues de là, se creusait le lac Biwa.
Dans la troisième planche, c'est le premier ascensionniste de la montagne, le prêtre bouddhique Yennoguiôja, tenant contre un bras le bâton à la poignée noire, ayant l'autre enlacé dans un chapelet, et représenté dans les nuages du sommet de la montagne.
Et commencent les planches de la première série. Dans celle-ci, la montée en une gorge étroite d'une armée de pèlerins dont on ne voit que les grands chapeaux de jonc, portant deux caractères signifiant Fouzi et, dans celle-là, leur descente vertigineuse sur les grands bâtons en une dégringolade mouvementée.