Tous les arts descendant du dessin, Hokousaï veut que son imagination aille à ces arts, que son pinceau y touche, que sa main en donne des modèles. C'est ainsi qu'en 1836, le vieux peintre qui signe: le vieillard fou de dessin, publie le Shin-Hinagata, NOUVEAUX MODÈLES DE DESSINS D'ARCHITECTURE, et écrit en tête cette préface:
Depuis l'antiquité, l'homme a copié la forme des choses: ainsi dans le ciel il a pris le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre les montagnes, les arbres, les poissons, et puis les maisons, les champs; et ces images simplifiées, modifiées, dénaturées, sont devenues les caractères de l'écriture. Mais celui qui se fait appeler un dessinateur doit respecter la forme originale des choses, et, ce dessinateur, quand il dessine les maisons, les palais, les temples, il est de toute nécessité qu'il sache comment les charpentes sont agencées.
Il existait un ouvrage fait par un architecte, sous ce titre: LES MODÈLES DE L'ARCHITECTURE, mon éditeur m'a demandé de dessiner le second volume. Le premier a été fait par un homme du métier, avec des données techniques. Moi, ce que j'ai fait dans ce volume est plutôt du domaine de l'art; toutefois si, grâce à mon enseignement, les jeunes dessinateurs arrivent à ne pas faire un chat à la place d'un tigre, un tombi à la place d'un faucon, quoique mon travail ne soit qu'un caillou à côté d'une montagne, je serai glorieux de ce résultat devant la postérité.
Et, à l'appui de la préface, après la représentation du fil à plomb, ce sont des modèles de constructions en bois à la légère et élégante menuiserie; ce sont des terrasses aux balcons complètement ajourés, aux escaliers aériens; ce sont des toits aux souplesses courbes d'une toile de tente, avec de jolis auvents de bambous; ce sont des modèles de cloches pour bonzeries, au bronze sillonné de dragons fantastiques de la mer; ce sont de riches frontons formés de deux énormes taï et affrontés; ce sont des ponts de cordage passant au-dessus des arbres; ce sont des lanternes de jardin faites de la pyramide de trois enfants japonais montés l'un sur l'autre; ce sont les développements d'un temple bouddhique dans toute sa hauteur:—dessins précédés de la figuration, en son riche et nobiliaire costume, de l'architecte officiel du palais impérial et des charpentiers travaillant sous ses ordres. Le volume gravé par Yégawa, l'habile graveur des CENT VUES DU FOUZI-YAMA, eut une seconde édition, faite postérieurement et teintée de rose. A la fin de l'édition en noir l'éditeur annonçait la publication de trois volumes qui devaient suivre et qui n'ont pas paru.
Détail curieux, le professeur d'architecture d'Hokousaï fut un des élèves de son atelier, nommé Hokou-oun, qui s'assimila tellement la manière de son maître qu'il publia une MANGWA où des pages de croquis seraient données par les plus fins connaisseurs à Hokousaï.
Mais ce n'a pas été seulement de la forme et du contour de l'habitation qu'a été préoccupée la pensée artistique d'Hokousaï, il a donné des heures de son pinceau à la décoration des objets de la vie intime de son temps, cherchant à faire, ainsi que cela a été dans notre société du moyen âge, un objet d'art de tout objet servant à la vie usuelle, et sur la pipe et le peigne, ces deux choses où les Japonais ont dépensé les plus jolies imaginations et associé à leur ornementation les plus belles et délicates matières, il a laissé deux merveilleux petits livres sous le titre: Imayô Koushi Kisérou Hinagata, MODÈLES DES PEIGNES ET DES PIPES À LA MODE D'AUJOURD'HUI. Trois volumes, dont deux consacrés aux peignes, avaient paru en 1822, et dont le troisième, consacré aux pipes, paraissait en 1823.
Le volume des peignes, qui a pour frontispice une Japonaise en train de polir des peignes sur une meule, contient les plus variés et les plus divers motifs d'ornementation de ce joli objet de toilette où la laque, l'ivoire, la nacre, l'écaille, les pierres dures, se mêlent et se marient pour le décor.
Et le goût dépensé sur ces peignes! Ici, ce semis de pétales de fleurs, là, cette jonchée d'iris, là, cet enguirlandement par un volubilis, là, ce couronnement par une fleur de nénuphar. Et des envolées à tire d'aile de grues, et des nages de canards mandarins, et des batailles de moineaux. Et encore, en leur petitesse minuscule, des coins de village, des plages, des aspects du Fouzi-yama, des vues panoramiques aux grands horizons. Et enfin des choses qu'aucun peuple n'a fait servir à la décoration des objets usuels et familiers, comme les cassures du charbon de terre, le treillis d'une vannerie, le fouillis enchevêtré de clous, les crêtes des vagues, les rayures de la pluie.
À la suite de la préface, Hokousaï écrit ces quelques lignes.
La fabrication des objets change selon le temps. Des objets qui étaient carrés, on les fait ronds et le monde trouve cela plus beau: ça s'appelle la mode. Tous les objets sont soumis à cette modification, à plus forte raison les peignes et autres objets de toilette servant aux femmes dont les caprices se plaisent au changement. Si je ne dessinais que pour la mode présente, mes dessins ne seraient d'aucune utilité pour les fabricants de l'avenir; donc les dessins de ce petit volume ont été faits avec l'idée de créer un décor pouvant s'appliquer à des formes variables. Ainsi, si la mode exige que les peignes soient épais, les artistes devront augmenter le dessin pour couvrir l'épaisseur. Dans le cas contraire, ils n'ont, ce qui leur sera plus facile, qu'à simplifier le dessin. Donc j'ai tâché de prévoir, autant que possible, ces variations.