Jeudi 6 juillet.—Aujourd'hui l'après-midi passé à Médan, chez les Zola, avec le ménage Daudet et le ménage Charpentier.
Zola a cette inquiétude agitée, qui est le caractère particulier de sa nervosité. Il n'est pas content du roman qu'il fait… Il y a trop de vente de toile et de coton… A distance, et avant de l'avoir commencé, la chose lui paraissait devoir être plus intéressante. Puis, malgré lui, l'écrasant succès de ses premiers livres, est l'empoisonnement de sa carrière future. Et il laisse échapper, sur la note d'une profonde tristesse: «Au fond, je ne referai plus jamais un roman qui remuera comme l'ASSOMMOIR, un roman qui se vendra comme NANA!»
En revenant de Médan, je me dis qu'un ménage peut se passer d'enfants dans un appartement de Paris, mais non pas dans une maison de campagne. La nature appelle des petits.
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Vendredi 14 juillet.—Ayez une idée; comme cette fondation que je veux faire d'une pension de 6000 francs à dix hommes de lettres, forcés de perdre leur temps et leur talent dans le travail d'un ministère où dans les œuvres basses du journalisme. À cette idée sacrifiez beaucoup de choses, des désirs de mariage, des envies d'avoir, à votre chevet de mourant, une affection, une compagnie douce de la dernière heure. Et votre récompense sera un article d'un petit journal qui vous accuse d'être un malin, un article de Vallès qui vous compare à Fénayrou, enfin un tas d'articles qui vous tourneront en ridicule.
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Samedi 15 juillet.—Au milieu de la conversation des grandes personnes, j'entends un gamin dire à un autre gamin qui dîne à côté de lui: «Mais la densité de l'eau?»
Voici la génération présente des enfants. Ils ne sont plus amusés, ils ne sont plus intéressés, que par des joujoux scientifiques, que par de la chimie ou de la physique, à portée de leur petite cervelle. Les contes de fées ou les Robinson ne leur parlent plus. C'est là, je crois, un symptôme de la mort de la littérature et de l'art, chez les hommes du vingtième siècle.
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Dimanche 16 juillet.—Les de Nittis tombent chez moi.