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Mercredi 9 août.—Cette nuit, cauchemar des plus cauchemardants. Je rêvais, que venant de je ne sais où, et me rendant à Paris, je m'arrêtais à Nancy, pour voir la plaque, récemment mise dans la maison, où je suis né. Là, à Nancy, d'où je devais repartir le lendemain, je perdais mon frère,—qui se retrouvait vivant dans mon rêve. Et ce Nancy, dans lequel je courais éperdu, prenait le caractère brouillardeux et immense d'un Londres, et mes compatriotes, auxquels je m'adressais, semblaient ne pas me comprendre. Et les bureaux de police, où j'allais, avaient des corridors qui ne menaient à rien. Et il y avait, tout autour de moi, des regards de passants, ironiques et méchants, des mauvais visages de rêves.
J'ai rarement souffert de l'anxiété, comme dans ce cauchemar, où j'éprouvais quelque chose de la sensation d'un homme, qui deviendrait fou de la persécution des choses, ainsi qu'il arrive dans les féeries.
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————C'est singulier, le bégayement de la pensée chez quelques hommes.
L'idée chez eux bronche, comme la parole chez d'autres.
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Jeudi 17 août.—Je déjeune, ce matin, avec un individu, ayant le teint d'un homme, qui ne met jamais d'eau dans son vin, ayant l'œil de braise allumée d'un chien de berger, et le plus bel ensemble de traits finauds et madrés, qu'il se puisse voir sur un facies de paysan. C'est un vétérinaire, qui, à l'heure qu'il est, fait les conseillers généraux, les députés, est le maître du suffrage universel dans le département. Vétérinaires et huissiers, on l'a dit: voilà les souverains de la France d'aujourd'hui!
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Lundi 21 août.—En chemin de fer, j'ai en face de moi une nourrice alsacienne; au long front étroit, aux yeux toujours abaissés et lobés de rondes paupières, à la bouche infiniment petite avec de grosses lèvres, à la mignonnesse excessive des traits, dans des largeurs et un carré de visage rudimentaire. On dirait une figure de triptyque.
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