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Lundi 26 novembre.—Déjeuner, avec Daudet et sa femme, au café de Paris, et de là au Vaudeville, à la répétition des ROIS EN EXIL, qui commence à midi.
La nuit dans la salle, et sur la scène des ombres chinoises, le chapeau sur la tête, avec tout d'abord des mouvements rêches, et une apparence de mauvaise humeur, existant toujours au commencement des répétitions. Cela s'adoucit, puis ça s'échauffe.
Dieudonné vient causer un moment avec Mme Daudet. Il me semble rond, bon garçon.
Puis c'est la petite actrice qui fait le roi, qui vient essayer ses perruques sous nos yeux, et se refuse avec de gentilles mignardises à se laisser couper les talons de ses escarpins, qui la font trop grande.
Pour les gens qui veulent bien accepter la matérialité du théâtre, l'acte de la couronne démontée pour le Mont-de-Piété, est une émotionnante chose, un clou puissant. Je crois à un très grand succès. Il y a pour moi, dans cette pièce, des vraies scènes d'un théâtre moderne, seulement, parfois abîmées par les expressions littéraires en retard, de Delair.
J'obtiens de faire remplacer: «Remettez le cadavre», lorsque la reine parle de la couronne aux faux diamants, par cette phrase: «Remettez ça, là.» Ce «cadavre» doit paraître du sublime à quelques-uns, qui ne se doutent pas, que dans les situations dramatiques, il faut que toujours l'expression soit simple, qui ne savent pas que la passion emploie toujours l'expression commune, et au grand jamais, l'image.
La pièce est bien jouée par tout le monde. Il y a un beau réveil du roi, en la pocharderie de Dieudonné, et Mlle Legault a des gestes de marionnette, qui vont à son rôle.
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Mardi 27 novembre.—Ce soir «le tout Paris illustre» est réuni aux Italiens, dans une représentation priée. Eh bien, la réflexion que cette réunion amène, est celle-ci: la grande société aristocratique est morte; il n'y a plus que des financiers et des cocottes ou des femmes à l'aspect de cocottes. Ce qu'il y a de suprêmement défunt, par exemple, c'est le type de l'ancienne femme du monde parisienne.