————L'homme qui fait un roman ou une pièce de théâtre, où il met en scène des hommes et des femmes du passé, peut avoir la certitude que c'est une œuvre destinée à la mort,—et quand même il aurait tout le talent possible. On ne fait une humanité défunte, qu'en lui mettant sous sa chlamyde ou son pourpoint, un cœur et un cerveau modernes; et tout ce qu'on peut reconstituer, ce sont les milieux de cette humanité!

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Vendredi 18 janvier.—Hier, jeudi, Daudet parlait du roman, qu'il voulait faire sur l'Académie, et qu'il a le projet d'intituler; «L'Immortel.» Voici sa conception: Un imbécile, un médiocre, dont la glorieuse carrière académique aura été toute faite, et sans qu'il s'en doutât le moins du monde, par sa femme, une femme du monde… Un jour, une scène éclatera entre eux, où elle lui fera l'historique cruel de son néant, scène à la suite de laquelle, il ira se jeter du haut du pont des Arts, dans la Seine, à l'instar, je crois, de son confrère Auger.

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—On rit, je le répète, quand je dis que le gouvernement que j'aime, est celui de Louis XV. Au fond, personne ne fait attention que ç'a été un pouvoir, un gouvernement constitué, ce qui est quelque chose par ce temps-ci, et un gouvernement fort, le plus humainement tempéré par les mœurs, la philosophie, la littérature. Qu'il y ait eu quelques coucheries du souverain avec des femelles, ce sont des épisodes sans importance dans le bien portant fonctionnement de la vie d'une nation.

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—Dans la galerie Colbert: une grande baie, surmontée de: Escalier F n° 16, sous lequel se lit sur une planchette: BUREAU DU ROSIER DE MARIE, entre un écriteau à gauche, portant: M. Girard, copiste spécial, et un écriteau à droite portant: Chambres et cabinets meublés à louer. Et devant vous, un long corridor mystérieux, empli d'un jour froid, et au fond duquel monte la spirale d'un escalier tournant. Une curieuse entrée d'un domicile de roman.

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—On ne sait pas, pour un passionné de mobilier, le bonheur qu'il y a à composer des panneaux d'appartements, sur lesquels les matières et les couleurs s'harmonisent ou contrastent, à créer des espèces de grands tableaux d'art, où l'on associe le bronze, la porcelaine, le laque, le jade, la broderie. On ne se doute pas du temps qu'il faut, pour que ça vous satisfasse complètement, et les changements et les déplacements, que ça demande. C'est bien dommage, lorsqu'un panneau est arrivé à la réussite complète, que la photographie n'en fasse pas survivre les colorations avec le dessin.

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