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Samedi 12 avril.—Peut-être l'artistique dans la littérature, sera-t-il un appoint futur de succès, un appoint, apporté par l'éducation artiste des hommes et des femmes de ces années, par les conférences, par les promenades dans les Musées, par la diffusion de l'enseignement des arts plastiques, en un mot par la création de générations plus amoureuses et plus chercheuses d'art dans leurs lectures.

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Dimanche de Pâques.—Passé toute la journée à lire la correspondance de Stendhal. Son âme me semble aussi sèche que sa prose.

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Lundi 14 avril.—Aujourd'hui, lundi de Pâques, en ce jour, où l'industrie, le commerce, les affaires chôment, où l'on n'achète ni dans les boutiques fermées, ni à la Bourse, ni même rue Drouot, dans une salle basse, des commissaires-priseurs, entre brocanteurs infimes, au milieu de voyoutories sacrilèges, se vendent un tambourin, des guitares, des esquisses de peintres, des paniers de linge de corps et de gilets de flanelle. Une affiche manuscrite collée à la porte, dit que c'est la vente d'un M. P… Ce M. P… est ce pauvre Pagans, dont ces guitares et ce tambourin ont apporté, toutes ces années, de si tapageuses ou rêveuses musiques, aux soirées où je me trouvais.

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————Tous les hommes avec lesquels ma carrière, mes goûts, m'ont mis en rapport, s'en vont l'un après l'autre de la vie, laissant derrière eux des lettres de faire-part, semblant me dire à bientôt. Hier, c'était l'expert Vignères, aujourd'hui, c'est l'éditeur Dentu.

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Mercredi 16 avril.—Daudet tombe chez moi, sortant de l'enterrement Dentu. Il laisse échapper, que depuis quelque temps, il éprouve de telles souffrances, que maintenant, quand il va à un enterrement, il envie presque l'insensibilité de celui qu'on met en terre.