Mercredi 14 mai.—Je lisais, ce matin, dans un grand journal: «Des maniaques collectionnent des porcelaines de Chine et de Saxe, mais ils se rendent parfaitement compte qu'il n'y a pas de plus belle porcelaine au monde, que celle que fait actuellement Sèvres.» Ah! c'est un fameux âne en céramique, celui qui a écrit ces lignes!
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Jeudi 15 mai.—Dans ma tête, quand il n'y a pas l'effort de la rédaction ou l'excitation de la causerie, c'est maintenant comme un embruinement. La cervelle est bien parfois traversée par une pensée lumineuse, mais si rapide que je ne puis la fixer: cette pensée, on pourrait la comparer à la phosphorescence qui court sur la crête d'une vague.
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Vendredi 16 mai.—Un membre de la Chambre des députés de Belgique a dernièrement accusé la littérature française, et moi en particulier, d'avoir corrompu sa patrie. Elle est bonne! corrompre la Belgique, ce pays, où après dîner chez des bourgeois, vos honnêtes amphitryons ne trouvent rien de plus moral, que de vous emmener passer la soirée au b…
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Dimanche 18 mai.—Je suis dans un tel état de nervosité, que les articles, qui parlent—en bien ou en mal de moi, il m'est impossible d'y apporter l'attention tranquille, l'épellement reposé, qu'il faut pour lire, j'en perçois en gros l'éloge ou l'injure, mais je ne les ai pas vraiment lus.
Pierre Gavarni me parle, ce soir, de dédicaces laudatives de Champfleury, mises en tête des livres envoyés à son père, et même de tentatives d'abouchement qui n'ont pas réussi… ça expliquerait un peu le jugement sévère du critique sur les dessins du peintre, dont le chic fait rire.
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Jeudi 22 mai.—Il y aurait à dénoncer une série de bonnes blagues, inventées par de prétendus émetteurs d'idées, et dans lesquelles, au bout de quelque temps, coupent les gens d'esprit; ainsi la théorie que les eaux-fortes, pour l'illustration des livres, ne doivent pas avoir le caractère d'art qu'on leur demande, quand elles ne font pas partie d'un volume.