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Mercredi 10 septembre.—Il vient aujourd'hui une école de petites filles de Saint-Denis, jouer dans le parc de la princesse. C'est curieux, le côté laidement vieux de ces petites filles, elles semblent avoir été conçues dans l'ivresse du vin, les batteries de l'amour, la folie bestiale d'un rut alcoolisé. Ce ne sont plus les gentilles petites filles du peuple d'autrefois: elles ont l'air d'enfants de la Salpêtrière.
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Dimanche 14 septembre.—Parcouru hier les MALHEURS DE JUSTINE, de De Sade. L'originalité de l'abominable livre, elle n'est pas pour moi dans l'ordure, la cochonnerie féroce, je la trouve dans la punition céleste de la vertu, c'est-à-dire dans le contrepied diabolique des dénouements de tous les romans et de toutes les pièces de théâtre.
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Dimanche 28 septembre.—Je relisais aujourd'hui LUTÈCE, de Henri Heine, et j'y trouvais que le Français ne demandait pas l'égalité des droits, mais l'égalité des jouissances. Je crois que l'heure présente donne fièrement raison à cette pensée, écrite en 1830.
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Mardi 7 octobre.—Je retrouve, de retour de Néris, et d'autres lieux transalpins, je retrouve mon petit Daudet, toujours souffrant.
Ce soir éclate une amusante discussion entre le mari et la femme, à propos de Michel Montaigne.
La femme soutient que, lorsque son mari lit les ESSAIS, il n'est plus le Daudet qu'elle connaît, il n'est plus père, c'est un Daudet racorni. Et la voilà qui s'élève contre la bassesse de la philosophie du philosophe du Midi, le terre-à-terre égoïste de sa doctrine, le vilain pessimisme qui se dégage de sa prose. «Il est abominable, il est abominable avec ses appréciations sur la femme!» s'écrie-t-elle, et malgré les objections, la défense timide de son Alphonse, elle continue à tomber Michel, avec le doux entêtement et la parole placide, qu'elle apporte dans la contradiction.