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Samedi 7 décembre.—Ce soir, Pagans chantait du Rameau. Il me semblait, qu'en entendant cet air vieillot, j'avais les cordes tendres de l'âme, caressées par de l'ingénu rococo.
J'étais sous l'impression de ce chant, quand une voix, qui semblait sortir par les narines d'un nez, me dit que le propriétaire de cette voix avait lu MANETTE SALOMON, dans le sérail.
C'est ce Polonais étrange qui, après s'être manqué d'un coup de pistolet dans la bouche, est devenu peintre de Sa Hautesse, dans le palais duquel il a passé une fois cinq cents jours de suite, sans en pouvoir sortir une minute, occupé de l'éternelle et colossale mise en peinture des batailles, hantant la cervelle du Sultan: pauvre peintre qu'on faisait, lorsqu'il était malade, traverser les cours à cheval, en lui tenant les genoux, de peur qu'il ne tombât, qu'on asseyait sur une chaise, et qui devait quelquefois travailler douze heures sans manger.
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———-Dans ce roman des «Frères Bendigo» (LES FRÈRES ZEMGANNO), il y a quelques chapitres que j'écris avec le portrait de mon frère devant moi, il me semble que ça porte bonheur à mon travail!
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Lundi 30 décembre.—Un joli mot d'une vieille femme de mes amies, à qui sa bru disait qu'elle aimait à lire, à faire de la musique, mais détestait les travaux de femme, la tapisserie, la broderie, etc., etc.: «Ma chère, c'est que vous avez été toujours heureuse, que vous n'avez pas eu de chagrins… Oui, bien souvent ces travaux sont une occupation mécanique, derrière laquelle on s'enfonce dans ses regrets!»
ANNÉE 1879
Mercredi 1er janvier 1879.—Dîner chez la princesse avec les deux fils du prince Napoléon, Benedetti, le vieux Giraud, les deux Popelin, Anastasi, la baronne de Galbois, Mlle Abbatucci.