… Le convoi se met en marche. Nous grimpons par une montée poussiéreuse à une petite église, l'église où Mme Bovary va se confesser, et où l'un des crapauds tancés par le curé Bournisien, semble être en train de faire de la voltige, sur la crête du petit mur de l'ancien cimetière.

C'est exaspérant dans ces enterrements, la présence de tout ce monde du reportage, avec ses petits papiers dans le creux de la main, où il jette des noms de gens et de localités, qu'il entend de travers.

On ressort de la petite église, et l'on gagne le cimetière monumental de Rouen, sous le soleil, par une route interminable. Dans la cohue insouciante, et qui trouve l'enterrement long, commence à sourire l'idée d'une petite fête. On parle des barbues à la normande et des canetons à l'orange de Mennechet, et des lèvres murmurent des noms de rues infâmes, avec des clignements d'yeux de matous amoureux… On arrive au cimetière, un cimetière tout plein de senteurs d'aubépine, et dominant la ville, ensevelie dans une ombre violette, qui la fait ressembler à une ville d'ardoise.

Et l'eau bénite jetée sur la bière, tout le monde assoiffé dévale vers la ville avec des figures allumées et gaudriolantes.

Daudet, Zola et moi, nous repartons, refusant de nous mêler à la ripaille qui se prépare pour ce soir, et revenons, en parlant pieusement du mort.

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Lundi 31 mai.—Aujourd'hui la princesse venant déjeuner chez moi, m'a fait le cadeau le plus charmant qu'elle pouvait me faire. Dans le temps, elle m'avait dit: «Goncourt, je vous laisse, dans mon testament, les dessins que Gavarni avait faits pour la MODE, et que Girardin, aux jours où nous étions bien ensemble, m'a offerts».

En me mettant l'album dans les mains, elle m'a dit gentiment: «Tenez, je me porte très bien, je vous ferai attendre trop longtemps… Je ne sais quelle idée m'avait pris de les vendre cet hiver, comme ça je ne pourrai plus.»

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Jeudi 24 juin.—Je dîne aujourd'hui chez Francis Magnard, établi dans 2500 mètres de terre, à Passy. Il y a là, Gille, nous racontant ses fréquentations à la Pissole, avec Grassot, frénétique admirateur de Chateaubriand, qui, avant de prendre connaissance de son premier vaudeville, lui dit: «Mon petit, as-tu seulement lu le GÉNIE DU CHRISTIANISME?»