Mardi 28 décembre.—Au dîner des Spartiates de ce soir, le général Turr rappelait cette parole du juif Mirès, parole à lui dite en 1860: «Si dans cinquante ans, vous ne nous avez pendus, vous les catholiques… il ne vous restera pas de quoi acheter la corde pour le faire!»
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Jeudi 30 décembre.—Aujourd'hui, au sujet de mon livre (LA FAUSTIN), et pour avoir l'aspect vrai d'une répétition, j'ai passé toute la journée à prendre des notes à la répétition de JACK de Daudet.
Les notes jetées, j'ai été empoigné par l'intérêt de la chose représentée, et surtout par le travail à l'effet de la mettre au point. Il y a au troisième acte une déclaration de Jack dont pas une parole n'est à changer, déclaration qui ne portait pas cependant. Alors Lafontaine a eu l'idée de montrer à Chelles, comment elle devait être jouée, cette déclaration marchée,—et rien qu'avec une hésitation, un faux départ de la marche, et pour ainsi dire, des balbutiements de pieds, accompagnant le balbutiement amoureux des paroles, cette déclaration a pris tout à coup un très grand effet.
ANNÉE 1881
Samedi 1er Janvier 1881.—À mon âge, le réveil dans la nouvelle année est anxieux. On se demande: La vivrai-je jusqu'au bout?
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————Une femme du monde disait d'un amoureux ridicule: «Je ne supposais pas que ce monsieur eût un cœur!»
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————Tous ces jours-ci, je suis heureux à la façon d'un enfant, qu'on a légèrement grisé. Je ne me sens pas de corps, et ma cervelle me semble à l'état de gaz. C'est un envolement dans le monde de LA FAUSTIN qui me réjouit, en me prouvant que la mécanique imaginative va encore.