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Mardi 12 avril.—Aujourd'hui la lettre de Blancheron, annonçant dans LA FAUSTIN son suicide, je l'ai écrite en pleurant comme un enfant;—aura-t-elle près du lecteur l'effort nerveux qu'elle a produit sur moi?
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Mercredi 13 avril.—Un homme politique disait, ce soir, au fumoir de la princesse, que la principale cause de nos désastres en 1870, avait été un rapport de l'archiduc d'Autriche, affirmant à l'Empereur, que la mobilisation de l'armée prussienne ne pouvait être opérée que le 10 août,—et elle avait été faite le 31 juillet.
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————Une bien jolie ouverture de roman naturaliste, racontée ce soir par Manet. Un modèle qu'il fait poser, lui a confié qu'à treize ans, elle avait perdu sa grand'mère, qu'on l'avait fait monter dans l'unique voiture de deuil, avec un vieux parent, et que ce vieux parent l'avait dévirginisée, dans le trajet au cimetière.
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Mercredi 26 avril.—Quand j'entre, on cause de la caricature faite par Pailleron dans sa pièce, de Caro, de Caro que je viens justement de pourtraire, mais d'une manière toute voilée dans le souper de LA FAUSTIN. Il arrive quelques instants après, la figure décomposée, la bouche en fer à cheval, et si troublé, qu'il me donne, ce qu'il ne faisait jamais, une poignée de main,—poignée de main qui me gêne.
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————Gérome parlait, ce soir, de Meissonier, peignant le grand Empereur, et s'assimilant tellement à son modèle, qu'il faisait des études d'après lui-même, revêtu de la redingote historique, et même à l'état de nature, persuadé qu'il était de la même taille, de la même conformation physique.