Samedi 21 janvier.—Nittis a commencé au pastel, ces jours-ci, un grand portrait de sa femme, qui est la plus extraordinaire symphonie de la blancheur. Sur le fond d'un paysage d'hiver, joliment neigeux, Mme de Nittis se détache dans une robe couleur d'une rose gloire de Dijon, les épaules et les bras nus, balayés de dentelles, dont le tuyautage est de ce blanc, de ce rose, de ce jaune qui ne sont, pour ainsi dire pas, des couleurs. Et dans l'harmonie transparente et envolée, dans ce poème du blanc frileux et du blanc tiède, au premier plan, rien que la noire tache d'un plateau de laque, sur laquelle pose une tasse de Chine bleue. Je n'ai encore rien vu en peinture d'aussi vaporeusement lumineux, et d'une qualité de pastel aussi neuve, aussi en dehors des procédés anciens.
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Lundi 23 janvier.—Je regarde les étalages de libraires, et il me semble que les numéros des tirages ne changent pas, et que les couvertures des exemplaires exposés, se salissent mélancoliquement.
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Mardi 24 janvier.—Une bonne nouvelle, me dit ce soir, Charpentier chez Daudet: «Nous retirons LA FAUSTIN».
Sarcey avec lequel je dîne, a quelque chose, dans la personne et l'esprit, de la jovialité d'un épais curé de campagne.
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Dimanche 29 janvier.—Je reçois une lettre de Mme Daudet, une lettre qui contient un paragraphe curieux.
On a donné au collège où est son fils, une narration française, dont le sujet est la mort d'un personnage quelconque. Trois élèves lisent successivement une mort, dans laquelle tous les trois avaient introduit l'agonie sardonique de la Faustin. Ébahissement du professeur, très ignorant de la littérature contemporaine, tandis que le jeune Léon rit dans sa barbe future.
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