Puis les deux femmes portaient le paquet dans la pièce voisine.

XXXVI

Élisa suivait machinalement la soeur, sans que la soeur lui fît défense d'entrer.

C'était un petit cabinet, appelé le Magasin. Le long des quatre murs, des rayons de bois blanc montaient du parquet jusqu'au plafond; il y avait sur les planches, pressés, tassés, empilés, accumulés, des paquets semblables à celui que les deux femmes venaient faire de ses effets. Les paquets étaient si nombreux, que la place commençait à devenir étroite pour eux, et que déjà les derniers bouchaient presque entièrement la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Le plafond, on ne le voyait pas. Il disparaissait sous les paniers de paille jaunes et noirs qui y étaient pendus.

Au montant d'un rayon s'apercevait, accrochée à un clou, une robe neuve de laine brune.

—Ah! déjà! dit la soeur.

—Oui, ma soeur,—répondit la détenue, montée sur une chaise, et en train de placer le paquet d'Élisa dans l'enfoncement de la fenêtre.—C'est la robe de vingt-six francs, pour celle du quartier d'amendement… qui va au couvent.

Et la détenue se mit à faire entrer de force, au milieu des paniers déjà suspendus, le panier d'Élisa.

Lassée, brisée, anéantie par les fatigues de la journée, et le corps secoué, de temps en temps, par des soubresauts, comme en gardent longtemps les membres des mineurs, après un enfouissement dont ils sont sortis vivants, Élisa regardait bêtement les paquets.

Un de ces paquets, un peu défait, laissait couler au dehors, taillé dans une mode qui remontait à une trentaine d'années, un vieux morceau d'étoffe comme Élisa se rappelait—quand elle était toute petite,—en avoir vu sur le dos de sa mère. Et Élisa avait, un moment, la vision d'une femme, entrée toute jeune, ressortant toute vieille, sous cette robe âgée d'un quart de siècle.