La prisonnière se trouvait dans la salle appelée le Prétoire de la justice, où avaient lieu tous les samedis les garanties: c'est-à-dire la confirmation au milieu d'un débat contradictoire des punitions demandées par la soeur dénonçante, transmises à la supérieure, prononcées par le directeur.

Sur une estrade, le directeur, dans son fauteuil de président, avait à sa droite la supérieure et la soeur dénonçante, à sa gauche l'inspecteur et l'aumônier.

Derrière les juges, les rideaux en calicot blanc, complètement fermés, de trois grandes fenêtres, faisaient ténébreuse la salle, rendaient sévères les figures de ces femmes et de ces hommes assis à contre-jour. Les murs étaient tout nus, sans un tableau, sans une sculpture, sans un symbole de miséricorde qui fît espérer la coupable.

En face du tribunal, la salle était coupée par une petite barrière en bois, et, passé la barrière, les prisonnières, notées pour être punies, se tenaient dans des poses bien sages sur un grand banc.

Le directeur reprit:

—Vol de bons de cantine, refus de travail, c'est tous les samedis la même chanson… Hé! qu'est-ce que vous dites?

Élisa ne disait rien.

—Interdiction du préau, privation du régime gras le dimanche… c'est comme si on fouettait des hannetons à six liards le mille… rien n'a de prise sur madame… té!… mais au fait, si on vous mettait à la demi-ration de pain sec?… Ne serait-ce point votre avis, ma mère? fit le directeur en s'adressant à la supérieure.

À cet appel du directeur, il y eut chez la supérieure un acquiescement insensible de son visage pâle, de son front sanglant.

—La demi-ration de pain sec, répéta le directeur en revenant à Élisa, vous entendez, vous qu'on dit une grosse mangeuse… la demi-ration de pain sec, ça fait-il votre affaire?