Alors s'ouvre une série de biographies particulières[63] des peintres, sculpteurs, dessinateurs, graveurs, architectes du xviiie siècle, bien maigres biographies, hélas! formées en général d'un petit nombre de feuillets détachés d'un recueil, et de rares notices de quelques pages, que j'ai cherché à grossir ici, avec un morceau manuscrit émané d'un artiste, là avec un petit paquet de lettres, plus loin avec les notes d'un carnet de poche, plus loin encore avec une supplique racontant une vie: autographes qui, ainsi mêlés aux plaquettes imprimées, font un petit corps d'histoire artistique, où il se rencontre pas mal d'inédit.

J'ai dit biographies détachées de quelques recueils, et en effet, sans l'Ordre chronologique des deuils de cour, petit in-12, publié en 1766, et dont la suite a paru sous le titre du Nécrologe des hommes célèbres de la France, nous n'aurions pour ainsi dire pas de biographies d'Aubry, de Boucher, de Deshays, de Drouais, de Gravelot, de Leprince, de Carle Vanloo, etc.

Passons en revue, au nom de chaque artiste, quelque plaquette rare ou quelque bout de papier autographe.

Boucher de Villers. «Précis pour le sieur Boucher de Villers, peintre, dessinateur des médailles pour le cabinet du Roi, contre le sieur Costel, apothicaire.» Un procès imprimé, dans lequel la verve d'un Coqueley de Chaussepierre amusa un moment la galerie aux dépens d'un Purgon «possédant la plus jolie figure d'apothicaire sans comparaison qu'il y eut à Paris», mais qui toutefois se refusait à payer son portrait, sous prétexte qu'il n'était pas ressemblant.

Boissieu. «Hommage rendu à la mémoire de Jean-Jacques de Boissieu par le conseil du Conservatoire des Arts de Lyon, dans la séance du 9 mars 1810. De l'imprimerie de Cutty.»

Caffieri. Une lettre autographe signée de Jean-Jacques Caffieri à un confrère, nous permet d'ajouter au volumineux volume, publié par M. Guiffrey, un document inédit, dans lequel le sculpteur fixe le prix de ses statues et de ses bustes:

Paris, 6 décembre 1791.

Monsieur et cher confrère,

J'ai appris avec grand plaisir que l'Impératrice de Russie vous avoit nommé son premier peintre. Son choix justifie sa sagacité et j'aime la voir toujours rendre justice aux talents. Je vous fais mon sincère compliment de cet événement qui prouve que si le mérite est quelquefois opprimé, il est aussi récompensé. Je ne doute pas que dans la place que vous allés occuper, vous ne méritiez bientôt toute la confiance de la souveraine et si par hasard elle projetoit de faire ériger quelque statue, ou si vous trouviez l'occasion de l'engager à le faire, je vous prie de vous ressouvenir d'un ancien ami. Je désire depuis longtemps travailler pour cette grande princesse et ce seroit un bien honneur pour moi que mes talents puissent lui être agréables. Je remets mes intérêts entre vos mains, persuadé qu'ils ne peuvent être mieux placés, et que vous ferés quelque chose en faveur de l'ancienne amitié. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, non des succès, ils sont assurés d'avance, mais une bonne santé et bien des agréments.

Je suis, avec la plus parfaite estime et sincère amitié, votre très humble et très obéissant serviteur.