Dans le dénombrement rapide de mes gravures, je veux faire une pause, une station aux portraits de femmes du dix-huitième siècle gravés, et les étudier non pas seulement sous le rapport de la gravure, mais au point de vue de leur beauté vraie, de leur caractère physiologique, des détails techniques de leur costume et des fanfioles de leur toilette, m'efforçant, avec un rien d'histoire, avec une anecdote tenant dans une ligne, de faire faire au public la connaissance des inconnues, des femmes dont le bruit de la vie s'est éteint avec le siècle. Dans cette série, je joins aux portraits les estampes se rapportant à la biographie intime de la femme, les gravures satiriques, les caricatures, les memento historiques de certaines particularités de la vie, et même, quand cela existe, la planche qui nous ouvre la chambre à coucher de la femme, la planche qui nous donne l'effigie des animaux aimés avec lesquels s'est passée son existence.

Madame Adélaïde de France.—Peinte par Nattier, en 1756, sous l'allégorie de l'Air, gravée par Beauvarlet.—La troisième fille de Louis XV, la faiseuse du ministère Maurepas, la femme personnifiant la politique anti-autrichienne, la dénonciatrice des amusements frivoles de Marie-Antoinette, est représentée dans la beauté impérieuse de ses vingt-quatre ans, traînée sur les nuages par un paon qui fait la roue.

Barbe Cochoy, marquise d'Argens.—Petite eau-forte anonyme qui se trouve être à la fois un des plus rares et des plus épouvantables portraits de femme du dix-huitième siècle, avec son nez en pied de marmite et ses rares cheveux ramenés sur le front à la façon d'un toupet d'homme. C'est cette Cochoy, cette actrice attachée au théâtre de Berlin, dont Mainvilliers a raconté les amours, dans les «Mémoires d'un petit-maître philosophe», et qu'épousa le chambellan du roi de Prusse à l'âge de soixante ans.

Marie-Thérèse, princesse de Savoie, comtesse d'Artois, née le 31 janvier 1756, mariée à Versailles le 16 novembre 1773.—Peinte par Drouais, gravée par Cathelin.—Des yeux d'une ingénuité charmante avec un grand nez terminé par un méplat des plus bizarres. Nous retrouvons la comtesse d'Artois dans un autre singulier portrait, où, derrière elle, est un berceau contenant deux de ses enfants, et où, sur ses genoux, son dernier-né tout nu, et dans une forme embryonnaire, foule un carreau de velours. Cette estampe est gravée par Ingouf, «d'après la boëte donnée par cette princesse à M. Busson, son premier médecin

Anne-Charlotte Gauthier de Loiserolle, femme d'Aved, peintre du Roy.—Peinte par Aved, gravée par Balechou, son ami.—La rude compagne du peintre de portraits: une tétonnière à la tignasse noire, aux sourcils charbonnés, au visage verruqueux, au triple menton; les robustes épaules couvertes d'un manteau qui fronce.

«Magdeleine-Élisabeth Bailleu, femme de Nicolas Baillet, compagnon serger à Beauvais, affligée depuis huit ans d'une néphrite très douloureuse qui la rendoit percluse de la moitié du corps, guérie à Paris, en l'église de Saint-Germain-des-Prés, pendant les SS. Mystères, à l'invocation de saint Maur, le mardi de la Pentecôte, 12 juin 1764.» Une tête de paysanne émaciée, sous un béguin, avec une croix au cou sur son fichu blanc.

Madame la comtesse du Barry.—Peinte par Drouais, gravée par Beauvarlet.—C'est le portrait en habit de cheval montrant la maîtresse de Louis XV dans toute la séduction mutine de sa beauté de trente ans, et qu'il faut avoir, comme je l'ai, avant la lettre.

Un portrait plus rare, gravé à Londres, d'après une peinture de Cosway, par Condé, nous représente Mme du Barry à quarante ans, peut-être plus charmante encore avec ses grands yeux en coulisse, les mille boucles de sa chevelure blonde, le charme amoureusement mourant de sa personne d'alors.

«La Chasseuse aux cœurs» (Mlle de Beaujolais, d'après l'attribution des catalogues d'estampes).—Peinte par Nattier, gravée par Henriquez.—La princesse, très mal gravée par parenthèse, la princesse, une épaule sortant de sa courte chemise de déesse, essaye du bout d'un de ses doigts le dard d'une flèche tirée d'un carquois d'amour.

Madame du Bocage.—Peinte par Mlle Loir, gravée par Tardieu le fils.—L'auteur du «Paradis terrestre», dont une branche de laurier passe en bandoulière sur la robe, a de beaux grands yeux souriants et une bouche finement découpée.