Une Japonaise joufflue et mafflue, à la coiffure gigantesque, à l'obi, au nœud de ceinture monstrueux, une petite créature à la tournure falote et bouffe, tient d'une main, le nez de carton d'un masque de théâtre, et la pensée que ce nez amène dans la cervelle de la fillette, lui fait recouvrir la moitié de son visage d'une manche de sa robe,—le symptôme ordinaire de pudeur des dames japonaises,—tandis que ses petits yeux disparaissent dans une hilarité, rien moins qu'innocente.
Un paysan japonais, joyeux et débraillé, assis, une jambe repliée sous lui, parmi les tortils d'une branche d'arbustes à fleurs. Il tient dans sa main tendue un crapaud avec lequel il semble confabuler. Le crapaud est-il assez souvent là-bas reproduit en ivoire, en bronze, en porcelaine? Pourquoi cette affinité de l'homme de l'Extrême-Orient pour le paria des animaux? Pourquoi cette espèce de culte de l'art en faveur de ce disgracié de la nature? Il y a là des choses mystérieuses et secrètes, que les livres ne disent pas. Cet ivoire est signé: Tomo Tada.
Maintenant des figurations de la mort, du squelette.
Un squelette[45] à demi couché à terre, le crâne méditativement appuyé sur les osselets de sa main, et se penchant en avant, pour considérer sous une feuille de lotus, que soulève son autre main, un serpent enroulé. Un des plus beaux et des plus parfaits ivoires japonais, où l'étrange curiosité de la Mort est rendue avec un naturel, une vie, si l'on peut dire, un peu effrayante. Ce netské servait à la fois d'attache et de cachet. M. Otsouka n'a pu lire l'inscription du cachet, qu'il croit en caractères boudhiques.
Parmi ces netskés, il existe une assez nombreuse réunion de singes, de ces animaux de grimaces, dont les Japonais ont fait une affectueuse étude anatomique et psychologique.
Un petit singe, grimpé sur le dos d'un gros singe accroupi, tire à lui un crabe au bout d'un cordage.
Un singe, gros comme un grain de riz, et mobile, monte et descend le long d'une tige de bambou. Cet ivoire est signé: Seï shi.
Un singe, à demi soulevé sur une coquille, se frotte le dos, avec un de ces gestes vagues et le regard anxieux des singes qui se grattent.
Un singe,—celui-ci est un chef-d'œuvre—furieux d'avoir mordu en vain dans un coquillage, montre la petite colère animale de sa face, dans l'entre-bâillement de côté de sa gueule, dans l'effacement de son nez plissé, dans l'ouverture et la dilatation de ses yeux, en lesquels, tout en bas, la pupille n'est plus qu'un imperceptible point noir qui louche. Il n'est pas possible, dans une tête de deux centimètres, de rendre un dépit rageur de bête d'une manière plus expressive, plus saisissante, plus comique. Et ce n'est pas seulement la tête qui est une merveille, c'est le corps, et les attaches des épaules, et les rondeurs du dos, et le flottement des reins sous la peau, et l'embryon solide de la queue: toute l'élasticité et la force du quadrumane traitées dans l'infiniment petit, de cette manière large, carrée, rudimentaire, avec laquelle Barrye établissait ses féroces sur leurs jarrets. Cet ivoire est signé: Tada mouné.
Un autre singe est curieux comme parodie et caricature du guerrier japonais. C'est un singe qui a endossé la cotte d'armes, la cuirasse, le pantalon en forme de jupon, les sandales de bois d'un samourai,—et il est en train d'assujettir son casque sur sa tête de filou. Un ivoire d'une grande finesse de travail avec toutes les arabesques de la cuirasse délicatement ciselées. Cet ivoire est signé: Shesaï.