Un personnage légendaire, assis dans une anfractuosité de roche, la tête et le corps enveloppés d'une peau de loup, et tirant de son fourreau une lame de sabre, sa rouge bouche entr'ouverte par des exclamations de colère. Ivoire de coloriste et d'un beau caractère sauvage.

Un guerrier arc-bouté sur le pied droit, son sabre tiré, tenant en l'air par ses petits pieds un diablotin qu'il s'apprête à tuer. Ivoire d'un grand style et d'une charmante finesse de gravure, se rapportant à une légende chinoise, exécutée sur une garde de sabre, et dont je donne l'explication plus loin. Ce bouton est signé: Souzou ki Kôsaï.

Une Japonaise aux cheveux dénoués sous un chapeau de jonc, les deux mains drapées dans sa robe, et appuyée debout sur un long bâton; à ses pieds deux autres femmes, l'une qui se repose, son chapeau déposé sur ses genoux, l'autre qui rit derrière ses mains posées sur sa bouche, dans un geste enfantin. Ivoire d'un relief délicat.

Un enfant penché sur une toupie qu'il fouette avec rage. Bouton de forme carrée.

Sept masques d'hommes et de femmes ricanantes, dont les grimaces ressemblent à ces dépressions que les doigts obtiennent en s'enfonçant dans des têtes-joujoux en caoutchouc.

Une abeille butinante sur une tige de chrysanthème, les ailes frémissantes.

Un coq posé sur un treillage, où courent des feuilles de vigne. Ivoire dont le mince relief est peint et laqué en or. Bouton en forme de petite planchette rectangulaire.

Un fabricant de meules, pour réduire le thé en poudre[46], les jambes nues croisées sous lui, le fundoshi, la ceinture qui habille le Japonais à la maison, dénouée autour des reins, son marteau posé sur son enclume qui repose, fume une pipette dont il envoie bienheureusement la fumée au ciel. Petite scène de nature, dont l'entaille profonde, la coupe grasse de l'ivoire, font un morceau d'art, qui ne ressemble en rien à l'art de l'ivoirerie de Dieppe. Ce bouton est signé: Fo jïtson, d'après le dessin de Yeï itcho.

Après les netskés en ivoire, les netskés en bois, d'un travail peut-être plus précieux, plus caressé que les premiers, et fouillés dans le cœur de ces belles essences ligneuses grenues et serrées que possède le Japon[47]. Parfois ces bois ont des parties exécutées en ivoire, parfois ils sont entièrement laqués.

Un prêtre du culte Kami, sous un bonnet de papier laqué noir, en forme d'un immense bonnet de police, et habillé d'une robe semée de branches de pin, dont le derrière, fendu sous les aisselles, se détache de son dos comme une chasuble. Un bouquet d'une main, un éventail de l'autre, il danse, portant attaché sur la figure un vrai masque d'Arlequin: le masque derrière lequel abritent leur incognito ces prêtres sauteurs, dans les pantomimes tirées de la vie d'un héros saint, qu'ils exécutent en plein air. Bois dont les pieds sont en ivoire.