—J'ose croire que vous vous trompez, madame.
—M'insulterez-vous aussi? Vous vous imaginez donc qu'on vient chez une femme, qu'on la guette, qu'on la vilipende, qu'on la prend comme jouet, comme victime, deux mois durant, qu'on fait de sa maison, Dieu sait quoi, sous ses yeux, qu'on remplace son ennui par… par tout, et qu'il suffit de refermer ses malles pour que la farce soit finie… A mon tour, maintenant!
—J'avoue…
—Qu'avouera-t-il? M'avez-vous assez tourmentée, méprisée? Maintenant encore! Mais voici la revanche, mon cher!
Des souvenirs âpres lui revenaient en foule: toutes ses anciennes rancunes se réveillaient l'une l'autre sous la chaleur de sa parole, semblables à des serpents qui se détordent. Elle faisait en elle des découvertes de souffrance et de haine: sa propre voix lui révélait des misères nouvelles; son cœur suivait sa phrase; chaque mot était comme un mineur qui davantage creuse un puits.
—Vous m'avez fait pleurer, vous m'avez fait rougir; je vous ai détesté, je vous déteste. Mais vous rêvez que je vous aime, et votre antique fatuité me compte déjà dans ses derniers triomphes; ah, je saurai vous détromper.
—Je n'en doute point, madame, et je voudrais seulement demander dans quel but…
—Mon but, mon but, s'écria Jeanne, menaçante, quel est mon but?
Elle chercha une réponse sans la trouver, car elle ignorait elle-même. Elle se vit stupide en tout ce qu'elle avait dit, et sa colère s'accrut; mais elle fit un effort pour en contenir les excès.
—Le but, c'est mon bon plaisir; et le moyen, c'est mon secret.