Il se redressa sur son poing. Son front était pesant comme celui d'un homme ivre.

Un autre frisson le prit à la nuque, et comme un éclair descendit sur son dos.

—J'ai froid, allons-nous-en…

Mais il resta sur place; il vit ses vêtements tachés de terre, et se mit à les nettoyer avec une lenteur automatique.

Il demeura inerte, appuyé sur ses mains, la tête penchée vers ses genoux que la fièvre faisait danser. Enfin, il se leva, et reprit machinalement la direction du Merizet: il se rappelait avoir eu tantôt des arguments pour revenir, mais il ne savait plus lesquels: il semblait obéir à un ordre de sa mémoire.

Il allait. Il s'égara dans des chemins inconnus. Superstitieux comme le deviennent les plus sceptiques lorsqu'ils ont trop souffert, il se demanda si le ciel ne voulait pas s'opposer à son retour. Pourtant il avança encore.

La lune descendait de l'autre côté du zénith.

Georges s'arrêtait parfois contre un arbre, pour se reposer un instant, et contemplait en l'air les feuilles remuant sous les branches. Tout lui paraissait fantastique. Il rencontra un chien qui trottait sur la route d'une allure affairée, et il se retourna pour le suivre des yeux, aussi longtemps qu'il put voir cette tache sombre et vivante qui arpentait la nuit.

—Ah, chien comme un homme! Parce que tu vas vers une chose, es-tu bien sûr d'avoir un but? Néant, néant! Le destin joue avec ses poupées…

Au loin, il distingua dans la brume la silhouette d'une longue rangée d'arbres qui bordait quelque route, et la prit pour un aqueduc noir dont nul n'avait jamais parlé. Il se crut condamné pour sa vie à errer ainsi sous l'ombre et le hasard. Ses pieds râclaient la terre. Un reste de raison l'empêcha de s'étendre au revers d'un fossé pour dormir.