Arsemar, debout sur la chaussée, attendait depuis longtemps, lorsque le train siffla et déboucha au tournant de la voie. Pierre s'écarta d'un pas: une émotion lui serrait la gorge; il crut pleurer. Mais comme tous les hommes d'une affectivité profonde, il avait la pudeur de ses sentiments; il baissa la tête, puis, lentement, releva le front. Georges était à la portière du wagon.
Arsemar s'empêcha de courir; il vint, les bras en avant, et longuement, serra les mains de son ami, sans rien dire.
Ils se regardaient dans les yeux; de petites larmes mouillaient leurs cils.
Pierre remuait les lèvres pour émettre quelque parole, et n'y parvenait pas; Georges se sentait dans un trouble délicieux.
—Aucune femme ne m'a donné cela, pensa-t-il. Puis: «Au diable les femmes!»
Alors, ils se lâchèrent les mains et s'embrassèrent avec force.
Pierre voulait parler, pourtant…
—Eh bien… tu as… tes bagages?
—Oui, oui… ils sont là.
—Eh bien… nous allons… les prendre.