Pendant que l'on chargeait caisses et paquets, elle examina le parc, derrière son rideau, avec l'espoir encore qu'on la guettait pour la retenir au passage.

Vite, elle ôta son gant de suède, reprit la plume et traça une seule ligne:

«Adieu. Je t'aime.

«Jeanne.»

Elle cacheta l'enveloppe: «Monsieur le comte d'Arsemar.» Elle remit son gant de suède et descendit.


Pierre avait vu de loin ces préparatifs d'abandon; il restait fixe, avec de grosses larmes entre les cils, et le cœur lui tremblait dans la poitrine.

Oh! De quelle joie navrante il eût donné tous les pardons, si la misérable se fût seulement élancée à son cou, en implorant grâce!

C'est maintenant que tout allait finir, et le malheur prenait une forme palpable: cette voiture, le char funèbre! On allait emporter la morte!

Existe-t-il donc une différence vraie entre les vides laissés autour de nous par ceux qui sont partis, par ceux qui sont défunts? Possédons-nous plus les absents que les trépassés? Le mot qu'on jette aux portières closes est le même qu'on laisse aux tombes: «Adieu!»

Pierre avait toujours frémi dans les départs, car ils étaient pour lui une des manifestations les plus tangibles de la mort.